Habiter Saisir le chantier domestique de rénovation par l’image

Saisir le chantier domestique de rénovation par l'image

Pour une analyse de photographies d'habitants, artisans, chercheurs et artistes


Recherche

La mise en chantier de son logement, pour le réaménager, le rénover ou le construire, donne lieu à des prises d’images de la part d’acteurs très différents. Par les habitants tout d’abord. Mais aussi par les artisans qui y interviennent. Par les chercheurs qui s’y intéressent. Par les artistes enfin qui depuis longtemps ont bien identifié la poésie singulière des formes qui naissent dans un chantier de rénovation. Que veulent retenir dans l’instant ou sur la plus longue durée ces différentes personnes en prenant des clichés ? Comment font-elles circuler ces images et pourquoi ? Quel sens leur donnent-elles au fil du temps ? la polysémie des images est-elle un atout ou un obstacle à leur conservation et aux récits qui s’y attachent ? En quoi enfin contribuent-elles à la construction de notre lieu de vie, à son identité, et donc à celle de l’habitant ?

Une équipe de recherche pluridisciplinaire

Ces questions ont réuni pour la première fois au sein de Leroy Merlin Source une équipe originale par sa composition et par son mode de fonctionnement. Par sa composition : une artiste plasticienne, Jade Tang, une historienne de l’art, Claire Kueny, et un socio-anthropologue Jean Paul Filiod. Par son mode de fonctionnement également qui a fait dialoguer disciplines, pratiques du regard et de l’habiter et écriture d’une seule plume. Une collecte via le site internet saisir le chantier a permis d’organiser un ensemble de regards portés sur la dynamique du chantier, ses phases, ses moments mémorables ou ordinaires, ses aspects techniques ou humains, ses surprises. Ce site où l’on peut trouver ces images est toujours à découvrir.

Des motivations diverses

Chaque acteur prenant un cliché du chantier de rénovation possède ses propres motivations. L’habitant veut certes conserver un souvenir de ce moment de sa vie, le partager sur les réseaux sociaux. Mais il veut aussi disposer d’une preuve pour discuter avec l’artisan. Ce dernier lui-même va utiliser ses images pour rassurer un client, témoigner de l’avancée de son travail ou de sa fin. Et également échanger avec un membre de son équipe ou un collègue sur un imprévu ou encore communiquer sur les réseaux sociaux de son travail. Le chercheur va documenter son enquête selon les besoins de sa thématique. L’artiste va se saisir des formes du chantier de rénovation, s’en inspirer, les reproduire, car il est sensible à l’atmosphère de transformation permanente et au caractère éphémère de ce que l’on peut voir du chantier.

Rôle de l’image

Saisir le chantier par l’image se présente donc comme une exploration de ce que les auteurs présentent non pas comme une parenthèse dans la vie des habitants, mais bien « un temps où la vie continue, se déplie en continue, et où les instants infra-ordinaires de la vie sont immortalisés ». Loin d’être spécifiques à chacune des catégories d’acteurs identifiés dans la recherche, les raisons de prendre des images d’un chantier leur sont bien souvent communes. Il s’y engage ce que les auteurs nomment « l’activité humaine d’enregistrement, de documentation et d’archivage » de la plasticité de leur logement et d’eux-mêmes, des ambiances inédites perçues et vécues tout au long de ce processus de transformation. Ce souci d’enregistrement rend toute leur place aux activités continuées de la vie des habitants dans ce temps souvent complexe, toujours exigeant, de la vie.

La photographie de chantier domestique donne à voir « un chez-soi en transition » dont les « images et les témoignages constituent le récit et racontent l’histoire commune d’un ménage et d’un espace habité ». Cette logique de récit, loin d’être autocentrée sur l’habitant ou ses relations avec les différents acteurs du chantier de rénovation, « ménage une parole aux murs, aux espaces et aux lieux : l’architecture se raconte à nous et nous sommes à l’écoute. En retour l’habitat devient un acteur à part entière. » De quoi nourrir tout au long de sa vie le souvenir des chantiers passés et le désir de ceux à venir.

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