Autonomie Comprendre le désir de vieillir chez soi

Comprendre le désir de vieillir chez soi

Nouvelle publication des 3 notes de recherche de "J'y suis, j'y reste !"


Recherche

À l’occasion de la Semaine Bleue 2026, Leroy Merlin Source republie les trois notes de la recherche J’y suis, j’y reste !  sur le désir de vieillir chez soi et les adaptations du logement. Marie Delsalle, psychosociologue et psychanalyste, auteure de la recherche en propose une mise à jour. L’occasion de découvrir ou redécouvrir dans le détail le processus de la recherche, sa méthodologie originale (entretiens et écoute analytique, visite du logement et réalisation audiovisuelle), l’ensemble des personnes rencontrées au fil des trois volets (personnes âgées, proches et professionnels) et des contenus inédits (entretiens non présents dans les films).

Vieillir chez soi : un choix qui engage toute une manière d’habiter

La première note de recherche, intitulée Les motivations des personnes âgées à rester chez elles, part de situations parfois considérées comme « osées ». Des personnes continuent à vivre dans des logements peu ou pas adaptés à leurs capacités physiques, malgré les difficultés de déplacement, les limitations sensorielles ou les risques du quotidien. L’enquête, menée auprès de 19 personnes âgées en région parisienne, lyonnaise et marseillaise, cherche moins à mesurer l’inadaptation des logements qu’à comprendre ce que signifie, pour celles et ceux qui y vivent, le fait d’y rester.

La recherche fait ainsi apparaître le domicile comme bien davantage qu’un espace matériel. Il est un lieu de liberté, d’intimité et de continuité biographique. Il permet de rester « maître chez soi » et de poursuivre une existence inscrite dans des habitudes, des relations et une histoire personnelle. Le confort lui-même ne se réduit pas à des critères techniques. Il renvoie aux usages, aux repères et à la possibilité de continuer à vivre selon ses propres modalités, évolutives. Les personnes rencontrées montrent également que rester chez soi suppose de composer avec les difficultés, de développer des stratégies et d’accepter certaines prises de risques.

La note de recherche et le documentaire déplacent donc les regards professionnels et familiaux. Derrière une résistance apparente à l’adaptation se trouvent souvent des motivations profondément liées à l’identité, à l’autonomie et à la continuité de la vie.

Le domicile, espace de négociation entre habitants âgés, proches et professionnels

La seconde note de recherche, Les proches et les professionnels au défi des motivations des personnes âgées à rester chez elles, interroge les principaux acteurs qui permettent la réalisation du profond désir de rester chez soi des personnes : leurs proches et les professionnels. Elle s’intéresse aux tensions qui traversent les quatre dimensions de ce désir tel que les personnes âgées l’expriment : la liberté, le confort, le bien-être et la prise de risque. Elle analyse et confronte les conceptions qu’en ont les personnes âgées, leurs proches et les professionnels. Des conceptions qui peuvent être différentes, voire opposées. L’enquête a mobilisé 9 personnes âgées, 2 filles de personnes âgées et 9 professionnels, mettant en lumière la difficulté des aidants à prendre la parole au sujet de la situation de leur proche aidé.

Ces confrontations révèlent combien le « rester chez soi » est un processus d’interdépendance. Les proches apportent une présence et une aide inscrites dans le temps long. Les professionnels interviennent dans un cadre temporel plus contraint, avec des tâches multiples, des temps d’intervention limités et une forte dimension relationnelle. L’aide à domicile occupe pourtant une place centrale dans les conditions concrètes et relationnelles du rester chez soi.

Mais aider ne signifie pas nécessairement décider à la place de la personne. Le domicile devient un espace où se négocient en permanence sécurité, liberté, confort et bien-être. Les risques identifiés par l’entourage ou les professionnels — notamment les chutes des personnes très âgées — peuvent entrer en tension avec la manière dont l’habitant souhaite continuer à vivre.

Autour de 80 ans, des travaux qui s’inscrivent dans « le temps qui reste »

La troisième note de recherche, Aménager ou adapter son logement au grand âge (80 ans et plus), déplace l’attention vers les travaux d’adaptation du logement et les conditions concrètes de leur réalisation. Elle montre que l’adaptation est une opération technique qui doit s’inscrire dans une trajectoire de vie, dans une histoire résidentielle et dans une relation toujours singulière à son domicile et à son chez-soi.

L’analyse met au jour le tournant des 80 ans. Alors que l’adaptation peut être envisagée relativement tôt comme une amélioration du confort, elle devient plus difficile à engager lorsque surviennent une chute, suivie d’une hospitalisation ou une aggravation de l’état de santé. Le retour à domicile peut alors imposer des décisions dans l’urgence, avec une implication accrue des proches et des professionnels. Le projet de travaux ne relève plus seulement d’une anticipation choisie : il devient une condition imposée du retour chez soi. Des témoignages inédits, recueillis auprès de personnes âgées en instance de retourner chez elles et se trouvant dans un service de soins de suite et rééducation de la région parisienne, viennent éclairer le vécu de la chute, les inquiétudes et les questionnements de des personnes, les réseaux de soutien existants ou absents ainsi que la relation aux transformations du logement.

 

La recherche met ainsi en évidence deux temporalités : celle des travaux anticipés, davantage inscrits dans une démarche d’aménagements choisis, d’amélioration du confort, de maîtrise et de prévention. Et celle des travaux réactifs, les adaptations, déclenchés par un événement de santé (chute ou aggravation d’un maladie chronique devenant invalidante). Dans ce second cas, la personne âgée peut devoir composer avec des décisions prises rapidement, des démarches complexes, des contraintes financières et l’intervention de multiples acteurs.

Une recherche qui invite à déplacer les regards et les pratiques de l’adaptation du logement pour vieillir chez soi

Au fil de ses trois notes de recherches et des trois documentaires, la recherche J’y suis, j’y reste ! invite à considérer le vieillissement à domicile non comme un problème exclusivement technique ou médical, mais comme une expérience sociale, relationnelle et biographique. Le logement est à la fois un environnement matériel, un espace d’autonomie, un lieu de relations et un support de continuité de soi.

Pour les professionnels de l’habitat, du soin et de l’accompagnement, l’enjeu est alors d’entendre ce que signifie réellement « rester chez soi » pour chaque personne, avant de proposer une solution. Il s’agit de comprendre les arbitrages pensés et vécus par les personnes entre sécurité et liberté, confort et habitudes, aide et autonomie, transformation du logement et préservation de soi.

Les trois notes de recherche de Marie Delsalle dessinent ainsi un même fil : comprendre le désir de rester chez soi suppose de partir de l’habitant et de son parcours. Observer comment ce désir se transforme lorsqu’il rencontre les proches, les professionnels, les accidents de santé. Et, finalement, accompagner la nécessité de transformer le logement.

 

Publications du même auteur

Autonomie
J'y suis, j'y reste ! Volet 3 : le film documentaire

J’y suis, j’y reste ! Volet 3 est le dernier documentaire de la série. Réalisé par Marie Delsalle et Jacques…

Habiter
Les images fixes et animées dans la recherche

Le séminaire « images fixes et animées dans la recherche » s’est tenu le 10 février 2020 à Paris, au Onzième lieu.…

Habiter
Vivre chez-soi en temps de confinement

LEROY MERLIN SOURCE présente un recueil de contributions libres autour du thème : Vivre chez-soi en temps de confinement. 20…

Autonomie
Quelles adaptations de l'habitat au vieillissement ?

Quels sont les défis à relever pour permettre à chacun de vieillir chez soi ? C’est la réflexion menée par…

Articles sur la même thématique Autonomie

Autonomie
« S’autoriser à vieillir, c’est s’autoriser à vivre »

Il est rare que les chercheurs en sciences humaines et sociales prennent le risque de parler en leur nom propre…

Autonomie
J'y suis, j'y reste ! Volet 3 : le film documentaire

J’y suis, j’y reste ! Volet 3 est le dernier documentaire de la série. Réalisé par Marie Delsalle et Jacques…

Autonomie
La douleur, déclic des adaptations pour bien vieillir chez soi ?

La douleur peut-elle être un critère qui détermine les adaptations du logement pour bien vieillir chez soi ? C’est ce…

Autonomie
La sensorialité des enfants 0-6 ans dans le logement

Dans la lignée des chantiers précédemment construits autour de la petite enfance, cette recherche Leroy Merlin Source s’intéresse à la…