Autonomie Vieillesse J’y suis, j’y reste ! Volet 3 : le film documentaire

J'y suis, j'y reste ! Volet 3 : le film documentaire

Documentaire issu du dernier volet de la recherche de Marie Delsalle


Vidéo

Le troisième volet de la recherche J’y suis, j’y reste ! s’intéresse à l’adaptation du logement au vieillissement. Il se concentre sur les travaux et sur la manière dont ils s’inscrivent dans les trajectoires de vie des personnes âgées et très âgées (plus de 80 ans). L’objectif ? Mieux comprendre les conditions dans lesquelles ces travaux sont envisagés, décidés et vécus, ainsi que les difficultés et préoccupations associées.

J’y suis, j’y reste ! Une recherche globale sur la transformation du logement avec l’âge

Ce volet est le dernier d’une recherche construite en 3 parties autour du désir de vieillir chez soi. Le 1er volet est consacré aux motivations des personnes âgées à rester chez elles. Le 2ème volet examine le rôle essentiel des proches et des intervenants du domicile. Enfin, ce 3ème volet apporte un éclairage spécifique sur les processus concrets de transformation du logement. Il les aborde comme des expériences sociales et biographiques, et non uniquement comme des opérations techniques.

Ce volet est enrichi par une note de recherche inédite de Marie Delsalle, psychosociologue et psychanalyste, qui a conduit la recherche J’y suis, j’y reste ! entre 2012 et 2019.  A l’occasion de ce troisième volet, elle a élargi le panel des enquêtés en se rendant dans un service de soin de suite et de réadaptation. Là, elle a interroge des personnes âgées et très âgées en instance de rentrer chez elles après une chute. Cette enquête, restituée dans la note de recherche, rend compte des inquiétudes et difficultés de ces personnes à un moment clé de leur parcours de vie et d’habiter.

Méthodologie de la recherche J’y suis, j’y reste ! de Marie Delsalle

La recherche J’y suis, j’y reste ! repose sur une approche qualitative. Elle combine des entretiens approfondis, analyse de parcours et observations. Une attention particulière a été portée aux situations dans lesquelles les travaux interviennent à la suite d’un événement de santé, notamment les chutes et les hospitalisations. Et cette enquête approfondie explore une diversité de profils et de situations : personnes vivant seules ou en couple, propriétaires ou locataires, avec des niveaux d’autonomie variés.

Le documentaire de recherche co-réalisé avec Jacques Loeuille au sein de différents domiciles rend compte de la dimension concrète et sensible du rapport au logement des habitants âgés. De plus, il révèle les enjeux des travaux d’adaptation et les freins rencontrés. Ce documentaire complète ainsi les matériaux collectés lors des entretiens réalisés au service de soins de suite et réadaptation de Gouvieux (Oise).

Des parcours contrastés face aux travaux

Les analyses de Marie Delsalle mettent en évidence deux grandes modalités d’engagement dans les travaux :

  • Les démarches anticipées, motivées par une volonté de prévenir la perte d’autonomie et de prolonger la vie chez soi. Elles s’inscrivent généralement dans une temporalité longue et sont associées à un sentiment de maîtrise des événements de la vie.
  • Les démarches réactives, déclenchées par un événement de santé (chute, hospitalisation, aggravation d’un état chronique). Elles se déroulent souvent dans l’urgence et impliquent davantage les proches et les professionnels.

Ces deux logiques influencent fortement la manière dont les transformations du logement sont perçues et appropriées à chaque étape de vie.

Le rôle déclencheur des chutes et hospitalisations

La chute apparaît comme un événement pivot dans de nombreux parcours de vie. Elle agit comme un révélateur des limites du logement et des fragilités des personnes. En effet, l’hospitalisation constitue alors un moment critique, au cours duquel se pose la question des conditions du retour à domicile. Elle conduit fréquemment à des recommandations d’aménagement et d’adaptation.

Dans ces situations, les travaux à réaliser s’inscrivent dans une tension entre une logique de sécurisation — portée par les professionnels et l’entourage, parfois la personne elle-même mais plus rarement — et la volonté de préserver les habitudes et l’identité domestique.

Des difficultés multiples

Les personnes âgées rencontrent plusieurs types d’obstacles dans la mise en œuvre concrète des travaux, une fois ceux-ci décidés :

  • La complexité administrative, liée à la multiplicité des dispositifs d’aide et aux démarches à effectuer.
  • Des contraintes financières, avec des incertitudes sur le coût réel et le reste à charge.
  • Une charge organisationnelle, notamment pour coordonner les intervenants et suivre le chantier.
  • Des freins symboliques (stigmatisation), certains aménagements étant perçus comme une matérialisation de la perte d’autonomie.

Ces difficultés peuvent retarder les projets ou générer un sentiment de fatigue et de découragement.

Inquiétudes et préoccupations

Au-delà des aspects concrets des travaux, les entretiens révèlent des inquiétudes récurrentes des personnes :

  • La peur de perdre le contrôle sur les décisions concernant le logement.
  • La crainte de travaux inadaptés ou imposés.
  • Une forte inquiétude financière (justifiée ou non).
  • De l’appréhension face aux changements apportés par l’adaptation dans l’environnement quotidien.

Ces préoccupations témoignent du caractère profondément identitaire du logement et de la sensibilité des transformations qui l’affectent.

Enseignements principaux de la recherche J’y suis, j’y reste ! de Marie Delsalle

Trois enseignements transversaux se dégagent de ce volet de recherche :

  1. L’adaptation du logement est un processus biographique : suite au processus d’aménagement de son chez-soi tout au long de la vie, elle s’inscrit dans des trajectoires de vie, des événements de santé et des relations sociales.
  2. L’anticipation améliore l’appropriation des travaux : généralement les habitants vivent mieux les projets engagés en amont des situations de crise.
  3. Un accompagnement coordonné est déterminant : la simplification des démarches et la coopération entre acteurs constituent des leviers majeurs pour faciliter les parcours.

Implications pour l’action publique et professionnelle

Ces enseignements invitent à renforcer les politiques d’accompagnement à l’adaptation du logement en tenant compte des dimensions sociales et subjectives engagées dans les projets. Ainsi, ils soulignent notamment l’importance :

  • De dispositifs d’information lisibles et accessibles.
  • D’un accompagnement personnalisé intégrant les préférences des personnes.
  • D’une meilleure articulation entre acteurs sanitaires, sociaux et techniques.
  • Et enfin, de démarches favorisant l’anticipation plutôt que l’intervention en situation d’urgence.

Ce troisième et dernier volet de J’y suis, j’y reste ! met en évidence la complexité des expériences liées aux travaux d’adaptation du logement. Loin d’être de simples interventions techniques, ces transformations sont des moments clés dans les parcours de vieillissement à domicile. Elles mobilisent des enjeux à la fois matériels, relationnels et identitaires.

En apportant une compréhension fine des trajectoires, des difficultés et des inquiétudes des personnes âgées, la recherche J’y suis, j’y reste !  éclaire les conditions d’un rester chez soi réellement choisi et soutenable. Ainsi, elle ouvre des pistes pour des politiques et des pratiques plus attentives à l’expérience vécue et à la diversité des situations.

 

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