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Le chez-soi à l'épreuve du confinement

Les correspondants LEROY MERLIN Source dans la presse


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Depuis le 17 mars dernier, date d’entrée dans le confinement en raison de l’épidémie de Covid-19, de nombreux correspondants de Leroy Merlin Source ont pris la parole dans les médias. Florilège de ces prises de parole qui ont accompagné la prise de conscience collective sur l’importance, la fragilité mais aussi peut-être la résilience du chez-soi.

Le chez-soi à l’épreuve du temps long du confinement.

Début avril, dans Le Monde, les journalistes explorent l’impact du mélange des espaces, des temps et des activités (travail, école) importées de l’extérieur brutalement pour des millions de Français. Mais aussi la confrontation permanente de l’individu au conjoint dans des espaces petits ou mal aménagés pour l’intimité. Que peuvent retirer les architectes et les sociologues des expériences vécues par les habitants durant cette période ? Si du côté des formes du logement il y aura certainement de nombreuses leçons à tirer pour les architectes (aménagement et organisation des logements, superficie, lien avec des extérieurs à repenser, espaces communs), Monique Eleb souligne le 3 avril qu’ « Habiter, c’est son histoire d’abord, c’est son présent et c’est son élan vers l’avenir. On construit son identité en transformant son logement. Beaucoup de gens – les hommes surtout – vont se rendre compte que leur logement ne leur ressemble pas autant que ça et que cela vaudrait peut-être le coup de l’ajuster à leurs envies, à leurs projections. » Et d’insister sur la dimension de bricolage qui a pris l’ampleur que l’on sait depuis trois semaines : « En temps normal, on reporte à plus tard, mais en ce moment, il y a de quoi faire. Même ceux qui ne sont pas bricoleurs s’y mettent, à installer une bibliothèque, fabriquer un meuble pour la salle de bains, jeter, ranger, quand ce n’est pas à faire des choses plus radicales, comme casser un mur ou dresser une cloison… »

Le confinement change-t-il la vie de tous ?

Le confinement ne change pas la vie de tous, qu’il s’agisse des agriculteurs, des sous-mariniers ou des religieux, ou de tous ceux qui travaillaient déjà chez eux avant le confinement. Tous sont habitués à vivre dans des espaces plus ou moins clos, mais toujours fortement délimités. Qu’il s’agisse d’une exploitation agricole, d’une communauté religieuse, d’un sous-marin ou de son appartement accueillant son espace de travail. Pour certains, la forte diminution de l’activité autour d’eux, leur apporte même un confort psychologique important, celui d’être (enfin) au diapason du monde. Mais c’est, souligne Pascal Dreyer, interrogé par Le Monde le 6 avril, parce que ces personnes continuent d’avoir « une activité continue, structurée par un temps cohérent, rythmé par des interactions avec l’extérieur, même virtuelles. » Et parce qu’elles sont capables d’articuler de manière vivante, même sous contrainte, les deux dimensions du chez-soi : l’intérieur et l’extérieur. Car « le chez-soi n’a de sens que s’il articule intérieur et extérieur. Et ceux qui sont capables de télétravailler sereinement actuellement sont ceux qui savent articuler intérieur et extérieur d’eux-mêmes. » Enfin, interrogé sur le confinement des personnes âgées dépendantes dont un cliché suppose qu’elles le vivraient mieux que les autres parce qu’elles en auraient l’expérience, il ajoute que : « cette situation de dépendance étroite avec autrui, est très différente de celle des sous-mariniers, construite socialement pour eux et collective » mais aussi parce qu’elle est subie et qu’elle accroît un isolement déjà grand.

« Chez moi, chez nous, chez eux »

Le confinement c’est aussi le délicat retour des étudiants chez leurs parents, un retour massif qui n’est pas sans poser de nombreux problèmes. En effet ni les jeunes ni leurs parents n’ont eu le temps de se préparer à cette re-cohabitation forcée (et dans une grande majorité des cas souhaitée quand même). Retour des tensions dont on s’était éloigné, inscription plus ou moins consentie dans les rythmes parentaux, contribution plus ou moins volontaire aux taches ménagères. Mais aussi regard des parents sur sa manière de vivre, autant de difficultés de part et d’autre. Dans un article du monde du 7 avril, Elsa Ramos insiste sur le double sens du statut d’enfant dans ce retour : « Il y a un double sens dans le terme “enfant”. Cela signifie grandir et devenir autonome dans la cohabitation, mais cela renvoie aussi à la filiation. Etre “fille ou fils de” installe une dimension hiérarchique : je vais chez mes parents, je ne suis pas chez moi. Je suis autonome mais je me maintiens à ma place d’enfant. » Et dans ce vécu du statut « d’enfant », le vécu des espaces est essentiel, notamment celui de sa chambre souvent conservée dans l’état par les parents : « C’est une façon de recréer un “chez-soi ». Les différents espaces s’emboîtent ainsi entre “chez moi”, “chez mes parents” et “chez nous”. »

Repenser son chez-soi élargi : l’urbanisme tactique

Presque à la fin du mois d’avril, le 21, alors que la date d’une première étape du déconfinement, le 11 mai, approche, L’Huma pose la question du retour à la mobilité dans les transports dans les grandes villes. Comment concilier règles sanitaires et flux de travailleurs ? Comment conserver les acquis du confinement en termes d’amélioration de la qualité de l’air étroitement liée à la chute de l’utilisation de la voiture individuelle ? Les mobilités douces ont forcément un grand rôle à jouer. C’est l’occasion de redécouvrir la relative plasticité de l’espace urbain. Benjamin Pradel, fort de ces expériences à Lyon, insiste dans cet article sur la réutilisation des friches industrielles pour la « coproduction participative » de « lieux facilement mis en place, facilement démontables ». Car en nous privant de notre extérieur familier et habituel, le confinement nous a peut-être fait prendre conscience que nous n’habitions pas seulement notre logement, notre chez-soi, mais de nombreux espaces dans la ville. Et si l’épidémie de Covid-19 était une occasion de se réapproprier la ville, un chez-soi/chez nous élargi ? Dans la tribune de Libération du 5 mai, co-signée par Benjamin Pradel, Luc Gwiazdzinski et Sylvain Grisot, les trois experts évoquent la ville « réversible, adaptable et malléable ». Les usages et les fonctions de l’espace public obligent à une réorganisation et à un partage de ce même espace pour tous les utilisateurs. Cela afin de respecter les mesures de sécurité et de distanciation physique. Ces aménagements « temporaires » se poursuivront-ils ? Si on a souvent aménagé l’espace pour gagner du temps, on a trop rarement aménagé les temps pour gagner de l’espace.

Etre forcé à repenser son chez-soi

Pour terminer, en cette fin avril, un premier bilan fait par We Demain le 23 avril, alors que nous sommes encore confinés, permet d’appréhender non seulement le bouleversement de nos vies, de notre travail, parfois de nos relations aux autres, mais aussi le grand bouleversement intervenu dans notre chez-soi. De gré ou de force, de nombreuses activités extérieures ont désormais trouvé un coin plus ou moins durable dans le logement où pouvoir les exercer. Peut-on considérer que l’hybridation de ce qui a été importé de l’extérieur est maintenant réalisée avec nos intérieurs ? Rien n’est moins sûr rapporte Pascal Dreyer car « nous sommes rattrapés par la puissance prescriptrice de l’espace : c’est lui qui nous dicte ce que l’on doit faire. » Ainsi « on ne travaille pas la comptabilité d’un client de la même manière selon si l’on est au bureau ou dans sa cuisine » comme le rapportent de nombreux experts-comptables toujours perturbés par l’irruption du travail dans l’espace domestique. Ainsi, dans tous les cas, le confinement vient brouiller le rapport que nous entretenons avec notre intérieur. « Le chez-soi est une création personnelle, qui n’a de sens que parce qu’il s’articule à un extérieur”, rappelle Pascal Dreyer. « On a observé, pendant le premier mois du confinement, que les gens faisaient beaucoup de tri, de rangement. Ils ont utilisé la période pour se réapproprier leur espace. Mais cette dynamique se heurte aujourd’hui à l’impossibilité de sortir, acheter des éléments de bricolage ou de décoration. » Reste peut-être la grande leçon du confinement. Si habiter c’est être et avoir (on a un logement, mais on est chez soi), alors « la situation actuelle remet en lumière la question de l’être, que l’on avait un peu négligé. »

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