« Une pugnace patience collective »
Nadia Sahmi, architecte et correspondante Leroy Merlin Source spécialiste des questions d’accessibilité, a reçu le 3 avril 2025 le Trophée des Précurseurs. Une récompense pour son engagement et sa prise en compte des situations de handicap et de vulnérabilité de manière holistique.
Les trophées de l’accessibilité : valoriser les changements de pratiques et de mentalité
Pour le vingtième anniversaire de la Loi fondatrice du 11 février 2005, dite Loi Handicap, la Délégation ministérielle à l’accessibilité (DMA) a organisé les Trophées de l’accessibilité. Des Trophées organisés en partenariat avec VIP, l’appli de Philippe Croizon et Thierry Garot. L’objectif ? Montrer une accessibilité en train de se faire et valoriser les acteurs de ce changement de pratique et de mentalité.
Les porteurs de projets pouvaient déposer des projets dans deux catégories :
- Les Trophées de l’accessibilité qui récompensent des projets dans trois grands domaines : établissements qui accueillent du public, mobilité et espaces naturels.
- Le Trophée des Précurseurs qui souhaite rappeler que les avancées en matière d’accessibilité sont le fruit d’un travail de longue haleine. Travail porté par des milliers de femmes et d’hommes qui travaillent au quotidien pour une société plus accessible.
L’accessibilité ou la patience collective selon Nadia Sahmi
Pour Nadia, ce prix souligne « une pugnace patience collective : celle d’une architecture capable d’accueillir tous les corps, toutes les sensorialités, toutes les sensibilités et toutes les trajectoires de vie. En 1997, je posais une question simple : pourquoi les personnes en situation de handicap restent les grandes oubliées de l’acte de bâtir ? De cette question, est née la chaîne de déplacement. Le lien manquant. Le pont entre les pratiques réelles et des normes abstraites et décousues. Une méthode pour penser des lieux de vie qui ne blessent pas, n’excluent pas, ne fatiguent pas. »
Les Us-âges : le concept clé de l’accessibilité de Nadia Sahmi
Nadia a fait le constat que, depuis 2005, la loi a évolué et la chaîne de déplacement est devenue colonne vertébrale des arrêtés d’application. C’est une victoire partagée avec toutes celles et ceux qui, dans l’ombre, travaillent à améliorer les Us-âges au lieu de simplement appliquer la réglementation. Les Us-âges, concept clé de la démarche de Nadia. Mais pour elle, il faut poursuivre la démarche en l’amplifiant. La chaîne de déplacement doit être au service non seulement du déplacement mais avant tout de la participation des personnes à la vie sociale, citoyenne et politique. Car participer en faisant porter sa voix est le but de l’accessibilité.
Nadia articule dans son travail quatre dimensions dont elle montre l’interdépendance en temps de crises :
- l’organisation (politique d’accueil, outils de médiation)
- le bâti (beau et bienveillant)
- l’humain (lien, services, formations)
- la technologie (aidante, non déshumanisante).
Nadia a dédié son prix à toutes les « personnes « extraordinaires » avec lesquelles elle a appris à regarder l’environnement autrement. « Car ce sont elles qui nous montrent, avec acuité, les défauts silencieux de nos lieux de vie. Être précurseur aujourd’hui, c’est engager les professions de l’aménagement, les financeurs et les décideurs à écouter ces signaux faibles. Pour construire enfin des murs qui soignent, des espaces de joies et de rencontres qui nous respectent. »