Energie & confort Le « confort moderne » est mort, vive le confort

Le "confort moderne" est mort, vive le confort

Vers un art de vivre réactivé et ajusté dans le logement


Contribution

Le « confort moderne » est bien ancré dans nos logements et dans nos modes de vie. A tel point qu’on l’oublie et qu’on ne le discute plus, comme une évidence totalement intégrée. Mais est-il viable alors que nous rentrons dans une époque de dérèglement climatique et de fragilité écologique ? Peut-on aller vers un « reboot du confort » : une version du confort plus sobre ? Denis Bernadet, animateur scientifique de Leroy Merlin Source fait le point dans cette contribution.

Confort moderne : origine et développement

Que recouvre la notion de « confort moderne » ? La contribution commence par esquisser une définition du  confort, tel que nous le connaissons aujourd’hui : il s’agit d’un triptyque conjuguant les commodités matérielles, le bien-être dans le logement et le délestage physique. Autrement dit sur ce dernier point, il s’agit de s’en remettre au bon fonctionnement des appareils techniques, qui débarrassent l’habitant de bien des efforts.

Ce confort moderne est une invention récente (XIXe-XXe siècles), liée au développement industriel, à l’hygiénisme et à la montée en puissance progressive de politiques publiques en la matière. Il est fortement caractérisé par une normalisation toujours plus complexe, sur la base de lois et réglementations (lois sanitaires, logement social, labels thermiques, etc.), qui ont généré une multitude de documents techniques délimitant puissamment la conception des logements. Après-guerre, les logements, l’individuel comme le collectif, sont devenus en France des laboratoires d’un « confort standardisé ».

Confort intérieur, confort confortable : au cœur des paradoxes

Ce « confort confortable » se fait oublier aujourd’hui tant il est présent dans l’immense majorité des logements. Le terme semble même passé de mode et n’apparaît plus guère dans les discours. Mais il charrie désormais des paradoxes formidables, au moins sur trois registres :

  • Le confort s’est largement confondu avec une société de croissance et d’abondance de biens. Or aujourd’hui l’accumulation matérielle dans les logements est autant une source de désagréments (saturation, encombrement) que de satisfactions. Voir par exemple les chantiers Leroy Merlin Source Domestiquer ses appareils domestiques et L’économie circulaire domestique.
  • Le marché du logement s’est standardisé et financiarisé, avec des conséquences à la baisse, une perte de qualité : espaces réduits, manques de marges de manœuvre (rangements, activités au domicile,  inadéquation avec les usages réels). Plusieurs rapports ont documenté ces problèmes de qualité.
  • Le modèle actuel de confort (croissance, consommation, numérique) va se heurter aux enjeux environnementaux (dérèglement climatique, pénurie de ressources…).

Le confort peut tendre vers la sobriété

Face à ce confort parfois vécu comme une « prison dorée », de nouvelles pratiques habitantes émergent, soutenues par des recherches expérimentations récentes très prometteuses. Elles tendent vers un art de vivre sobre et voluptueux, en contre-pied du confort matériel, technique, homogène et passif. Elles ne nécessitent pas d’intervention lourde sur le bâti. Et elles allient quatre caractéristiques clés :

Reprendre activement la main sur son logement

Des habitants s’emploient à fabriquer une température de confort adaptée à chaque moment, à chaque espace, en adoptant des pratiques ajustées (vêtements, comportement). Le but : un confort plaisant à vivre en hiver en deçà des consignes de températures habituelles. Voir le chantier Confort sobre, en partenariat avec Octopus Energy (à paraître).

Revisiter et personnaliser la notion d’art de vivre

En été comme en hiver, on peut concevoir des « aménagements organo-climatiques » pour créer des conditions thermiques agréables, sans travaux. Ces micro-aménagements doivent être désignés et pensés en fonction de la culture familiale pour être appropriés par les habitants. Voir le chantier Le confort à l’ère de l’anthropocène.

Ajouter des logiques collectives aux effets d’entraînement

La constitution de groupes d’habitants, même à distance, crée des effets d’entraînements et de réassurance considérables pour la pérennisation de ce type de pratiques. Voir aussi la recherche Slowheat, chauffer les corps, moins les logements menée en Belgique.

S’appuyer sur le meilleur de l’architecture modulaire

Par exemple Marine Morain, architecte ingénieure et correspondante Leroy Merlin Source, propose de Rafraîchir son logement sans climatisation. Ce chantier de recherche associe un outil d’auto-diagnostic pour les habitants et une bibliothèque de solutions.

Dans ces expériences, l’innovation n’est pas technique, mais organisationnelle et sociale, ou mieux encore, corporelle et sensible. La recherche d’une juste satisfaction, la quête d’un bon niveau de confort au bon endroit et au bon moment prend le pas sur un confort voire un sur-confort permanent, homogène et coûteux. Plutôt que de renoncer au confort, il s’agit de le réinventer en conciliant sobriété écologique et plaisir de l’habiter.

 

 

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