Entretien avec Gaëtane Grange-Knopp

Gaëtane Grange-Knopp est somato-psychopédagogue et designer d’espace. Inspirée par de nombreuses disciplines dont la philosophie de Gaston Bachelard ou l’approche phénoménologique de Maurice Merleau-Ponty, elle déploie ses analyses de l’habiter contemporain à la croisée des espaces du logement et du corps percevant des habitants. Que nous disent nos corps de l’espace que nous habitons ? En retour à quoi nous autorisent ou pas les espaces que nous habitons ?
Dans un ouvrage paru récemment, « La maison, ce grand corps vivant. Habiter son intérieur, habiter sa vie » (L’Harmattan, 2025), préfacé par Perla Serfaty-Garzon, Gaëtane Grange-Knopp propose une grille de lecture qui emprunte sa symbolique et ses analogies à l’anatomie du corps humain pour mieux comprendre où nous vivons, comment et pourquoi.
Votre ouvrage s’inscrit dans une longue série d’ouvrages et de réflexions qui décrivent la maison comme un visage ou un être vivant. La poétique de l’espace de Gaston Bachelard semble avoir joué un rôle important dans votre parcours. Pouvez-vous nous préciser pourquoi ?
Bachelard a certes compté dans mon parcours, mais il ne constitue pas le centre de mon approche. Je le lis comme l’un des auteurs qui m’a offert une profondeur poétique et philosophique de l’expérience d’habiter, dans une perspective phénoménologique, attentive à l’imaginaire de l’habiter. Dans un autre registre, Maurice Merleau-Ponty m’a aidée à ancrer cette lecture dans le corps percevant : l’espace n’est pas uniquement représenté ou pensé, il est d’abord vécu, éprouvé et incorporé, à travers la perception et le mouvement. Dans ma pratique, cela signifie que je pars de l’expérience avant toute interprétation. Comment le lieu se donne au corps en termes de cadence, d’amplitude gestuelle, de repères d’appui, de linéarité ou de circularité des parcours. Comment les habitants s’y ajustent spontanément, ou au prix d’efforts et de tensions. Gaston Bachelard montre que le logement n’est pas seulement un objet fonctionnel, mais un lieu où se déposent l’intime, la mémoire, la rêverie, les peurs, et ce qui participe à notre sentiment de sécurité.
De mon côté, mon point de départ vient d’abord de mon parcours d’accompagnante en somato-psychopédagogie à travers la lecture du mouvement corporel. J’ai appris à lire le corps « depuis l’intérieur », au sens du corps vivant, dans sa matière : non pas le corps mécanique, véhicule utilitaire à contraindre ou à optimiser, mais un corps qui se régénère, s’ajuste, perçoit, réagit, se transforme. C’est à travers lui que nous rencontrons le monde et les autres, et que nous nous rencontrons nous-mêmes. Il est notre premier lieu d’existence, un espace interne où se joue une écologie très fine, celle de nos limites et de nos ressources pour aller de l’avant. Et c’est souvent par une sensation, une tension, un mouvement à peine perceptible que commencent nos décisions et nos actions.
C’est aussi par le corps que nous habitons « vers l’extérieur » : nous projetons dans la maison, à une échelle plus vaste, une part de ce que nous portons déjà en nous. Voilà pourquoi notre façon d’habiter est si singulière : chacun arrive dans un lieu avec son histoire, ses repères intérieurs, ses besoins d’ouverture… ou de refuge. Dans cette articulation, la phénoménologie me donne un cadre pour décrire l’expérience vécue de l’habiter, et la somato-psychopédagogie qui éduque et entraîne la perception corporelle (proprioception et intéroception), m’apporte des outils pour affiner cette expérience, en développant l’attention au corps, au mouvement et aux rythmes.
Comment êtes-vous passée du corps à l’espace ?
C’est en devenant designer d’espace que j’ai vu combien un lieu de vie accompagne nos transformations. Il peut favoriser ou contrarier nos gestes, notre capacité à nous poser, à entrer en lien, à trouver une forme de répit. C’est précisément à l’endroit où ces deux visions se rencontrent que Gaston Bachelard m’a particulièrement intéressée. Non pour décrire une maison idéale, mais pour éclairer la dimension symbolique du lieu de vie. La maison, qu’il s’agisse d’une maison individuelle ou d’un appartement, est alors un corps à la fois sensible et symbolique. Elle a sa matérialité, ses circulations, ses seuils, tout comme le corps a ses élans, ses replis, ses évitements, ses manières d’entrer en relation, de s’opposer ou de ne pas oser. Elle devient le théâtre de nos organisations intérieures.
Quand j’entre dans une maison, je regarde au-delà d’une esthétique apparente. Je repère les accords ou les tensions entre l’espace et la personne qui l’habite, ce que le lieu raconte de ce qui nourrit la vie du foyer ou de ce qui la fragilise. En ce sens, Gaston Bachelard m’a offert un langage pour l’intime. Ma pratique, elle, m’a conduite à ancrer cet intime dans l’incarnation : une personne rencontre et habite un espace, et cet espace répond et donne forme à sa manière singulière d’habiter sa vie.
Quel est l’apport principal de votre ouvrage à notre compréhension de ce qu’est la maison contemporaine, entre cadre bâti et réalité psychique ?
Je pense proposer une lecture incarnée de la maison contemporaine : ne pas la considérer seulement comme un cadre bâti à aménager, ni seulement comme un miroir psychologique, mais comme un milieu vivant où le corps, l’intime, l’espace et la temporalité se coconstruisent en permanence.
Dans les logements d’aujourd’hui, souvent plus denses, plus standardisés, traversés par des usages hybrides (télétravail, écrans, journées morcelées), ce ne sont pas uniquement les mètres carrés qui comptent, mais la qualité des circulations, des espaces tampons et des transitions qui permettent le vivre-ensemble. Autrement dit, le cadre bâti et son organisation influencent concrètement notre capacité à nous poser, à respirer, à nous concentrer, à nous rencontrer… ou au contraire à nous crisper, nous disperser, nous fatiguer. Ils nous construisent autant que nous les construisons, parce qu’ils façonnent, régulent ou autorisent nos gestes et nos rythmes domestiques.
Mon livre se présente comme une boussole qui propose quatre orientations pour entrer en relation avec un lieu et éclairer les dynamiques à l’œuvre entre cadre bâti, vécu psychique et expérience corporelle. Car l’habiter relève d’abord d’une expérience située : le corps perçoit, s’ajuste, anticipe, se contracte ou se détend selon les alternances, les contraintes et les possibles offerts par l’espace. Autrement dit, avant même le commentaire mental, il y a une expérience de l’habiter faite de cadence, d’appuis, de respiration, de trajectoires, d’attention, vécue en tout premier lieu par le corps.
Cette boussole permet d’identifier, dans un logement, ce qui soutient la vie au sens large en termes de présence, de récupération, de lien, d’intimité et ce qui l’entrave. Elle propose un langage et des jalons pour articuler architecture et psychisme sans les opposer : comprendre ce que raconte un espace, pour saisir comment il organise les relations à soi et aux autres, et comment de micro-ajustements très concrets (clarifier une entrée, rétablir un centre, poser une limite plus ajustée, rendre une circulation plus fluide) peuvent modifier l’écologie générale du lieu.
Ces transformations agissent parce qu’elles touchent aux grands processus du vivant qui rendent possibles la vie et l’expérience de l’habiter. Elles reconfigurent la manière dont un corps trouve ses repères, se relâche ou se mobilise, s’ouvre ou se met à l’abri, récupère, s’oriente et se rend disponible à la relation. Ces processus naissent de la coprésence du corps et du lieu : l’espace participe à ce que le corps peut vivre, et le corps révèle ce que l’espace autorise. La maison cesse alors d’être un simple décor pour devenir un partenaire du quotidien.
Vous établissez une description précise du logement à partir de l’anatomie humaine, depuis les structures porteuses jusqu’aux pièces et aux espaces intermédiaires. Jusqu’à quel point cette description anatomique est-elle encore pertinente pour des logements transformés par la densification, les technologies et le virtuel ?
Elle est pertinente, à condition de bien comprendre ce que le mot « anatomie » sous-tend. Il ne s’agit pas pour moi de plaquer un modèle figé sur tous les logements, mais d’utiliser l’anatomie comme une grille de lecture du vivant : observer comment un lieu porte (comme un squelette), protège (comme une peau), filtre et régule les échanges (comme des membranes conjonctives), fait circuler (comme un système vasculaire), permet de récupérer (comme un sommeil réparateur) et soutient l’impulsion (comme une tension musculaire qui initie une action), etc. Et voir, très concrètement, comment un espace remplit ces fonctions ou les empêche.
Les technologies peuvent bien transformer nos usages (télétravail, écrans, domotique, hybridation des pièces), mais elles ne changent pas ce socle. Nous habitons d’abord et avant tout avec un corps, et la perception que nous en avons. Or ce corps a besoin d’amorces claires, de transitions, de tonus pour se déployer, d’espaces de retrait pour se ressourcer, de lumière, d’air, et parfois d’un silence relatif. Plus la vie devient virtuelle et sans frontières (notifications, visio, travail à domicile), plus la maison a besoin de jouer son rôle de régulation : poser des limites, offrir des sas, permettre de passer d’un état à un autre. Le bâti a beau être transformé par la technologie, l’enjeu demeure que le lieu se pose en appui, pas en sollicitation de plus.
Dans ma pratique, j’observe que lorsque ces fonctions, matérielles dans le bâti mais incarnées dans leurs effets, s’affaiblissent, quand les frontières se brouillent et quand les transitions disparaissent, l’habitant peut, lui aussi, se sentir moins présent à lui-même et aux autres. Ce n’est pas une question de technologie en soi, mais de qualité d’ancrage et de rapport à soi. Un lieu qui offre des repères et des respirations facilite la concentration, la disponibilité, le sentiment d’être à sa place. À l’inverse, un espace sans transition ni pauses entretient plus facilement la dispersion et fatigue le corps comme l’attention.
Ce qui change, c’est que certains « organes » se déplacent ou se miniaturisent. La cave et le grenier deviennent parfois un cloud, un box, un placard ou un stockage externalisé mais la fonction, elle, demeure : stocker, trier, oublier, retrouver, incorporer. De même, une entrée peut être minuscule, mais elle reste un lieu décisif de transition — comme une bouche par laquelle quelque chose entre pour être mâché, puis digéré et enfin assimilé par le reste des organes. Et si elle n’existe pas architecturalement, il faut souvent l’inventer par l’usage.
Donc oui, l’anatomie reste plus que jamais opérante et pertinente non comme nostalgie d’un habitat ancien, mais au contraire comme un outil contemporain et vivant pour diagnostiquer ce qui, dans un logement connecté, rend la présence humaine viable et ce qui finit par l’épuiser.
Quels sont les grands principes que vous mettez en œuvre lorsque vous rencontrez une famille qui rencontre des difficultés à habiter son logement ?
Je commence par mettre en regard deux récits, celui des habitants et celui du lieu. La parole dit une histoire, et l’espace en raconte parfois une autre dans ses murs et ses circulations : là où l’on évite de passer, là où l’on se heurte, là où l’on n’arrive pas à se poser, là où le corps accélère ou se retient. Mon travail consiste à mettre ces deux récits en dialogue, sans en privilégier un trop vite, pour construire une lecture fine. Une expertise n’impose pas une interprétation mais s’appuie sur des éléments concrets, répétés, qui se répondent et finissent par faire sens.
À partir de là, je cherche moins les causes, souvent enracinées dans le passé, que les conditions du mieux à venir. Sur quoi peut-on s’appuyer pour que la vie circule à nouveau ? Il s’agit alors de restaurer quelques fondamentaux : des frontières redevenues lisibles (repos/activité, privé/familial/social, dedans/dehors), des transitions qui existent vraiment où l’on change de cadence, un palier ou une pièce de vie où l’on peut se rencontrer, une circulation qui limite la friction et facilite la cohabitation en laissant au foyer son bouillonnement naturel ; des espaces où l’on peut réellement se poser, seul ou ensemble, et des possibilités de retrait qui ne soient ni de l’isolement ni une rupture de communication.
Ces repères ne sont pas seulement fonctionnels. Ils transforment la disponibilité, l’attention, la qualité relationnelle, autrement dit la capacité à habiter seul et ensemble, et à ce que chacun trouve sa place ou la place qu’il choisit, en respectant celle des autres.
Enfin, je travaille par ajustements progressifs, coconstruits avec la famille, des transformations testables, parfois réversibles, qui permettent au lieu de vie de devenir un allié pour l’ensemble du foyer. Je m’attache surtout à faire émerger les ressources déjà présentes, parfois en dormance, dans la famille comme dans la maison, parce qu’un mieux durable ne naît pas forcément d’un changement spectaculaire, mais d’un accord retrouvé entre un espace, des variations qui s’ajustent, des corps qui apprennent à vivre ensemble, et l’histoire que l’on souhaite écrire.
L’une des métaphores qui revient le plus dans l’ouvrage est celle du souffle : faire respirer son logement, respirer soi dans sa vie et son logement. Que dit votre insistance sur cette métaphore des besoins des habitants que vous rencontrez ?
En effet, le souffle est très présent parce qu’il est un indicateur simple et fiable du vivant. Quand un habitant me dit « je me sens à l’étroit », « j’étouffe », « je n’arrive pas à me poser », il ne parle pas seulement d’air au sens technique et physiologique. Il décrit une expérience globale de saturation du corps, de l’attention, du temps, parfois des relations et du vivre-ensemble. Et la maison, dans ces moments-là, devient un milieu qui serre.
Faire respirer un logement, c’est bien sûr travailler l’aération, la lumière, les circulations, l’encombrement. Mais c’est surtout redonner au lieu des rythmes et des marges. Cela passe par des espaces tampons, des limites qui filtrent, et une alternance plus claire entre le commun et l’intime. J’observe que beaucoup de foyers vivent aujourd’hui avec des frontières brouillées, avec le travail à la maison, les écrans partout, le privé et le public qui se mélangent, le « toujours joignable ». Dans ce contexte, le besoin le plus fréquent ne relève pas forcément d’agrandir l’espace, mais de créer de la fluidité pour que l’on puisse enfin souffler chez soi.
Mon insistance sur le souffle dit avant tout un besoin vital, celui de retrouver la capacité d’alterner ouverture et fermeture, mouvement et récupération, tout simplement parce que le corps lui-même en a besoin. Un logement qui respire aide les habitants à respirer eux-mêmes, pas uniquement au sens anatomique du terme. Il rend possible la présence, la disponibilité, une forme de calme intérieur. À l’inverse, quand l’espace est saturé, le corps se met en apnée sans qu’on s’en rende compte, et cela finit par user la présence à soi, et parfois la qualité relationnelle. La respiration est, pour moi, la métaphore qui relie immédiatement le corps, l’espace et la vie quotidienne, celle qui permet de sentir où ça se ferme et où l’on peut ouvrir, où ça s’accélère et où l’on peut ralentir.
La France ne fait plus d’enfants et les familles monoparentales comme les solos sont de plus en plus nombreux. Comment imaginez-vous le corps de la maison de demain ?
Je l’imagine comme un corps plus agile, plus souple et plus adaptable, moins dessiné pour un modèle familial unique, et davantage capable d’accompagner des trajectoires de vie changeantes tout en soutenant l’autonomie : solos, familles monoparentales, recompositions, alternances de garde, mais aussi vieillissement de la population et maintien à domicile. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2022, 39 % des ménages étaient composés d’une seule personne, et 9 % des ménages constitués uniquement d’une famille monoparentale. Ceux-ci traduisent une transformation profonde : des foyers plus petits, des parcours résidentiels plus discontinus, des présences intermittentes (un enfant une semaine sur deux, des déplacements professionnels réguliers, un retour ponctuel d’un jeune adulte, etc.), et donc un besoin accru de logements capables d’absorber ces variations sans épuiser ceux qui y vivent.
Ce n’est pas une rupture avec le passé, car le logement s’est toujours ajusté aux mutations de la société. À la Renaissance, l’ouverture sur le monde s’affirme, le regard se déplace, la perspective s’invente, la lumière prend une place nouvelle. On peut lire, dans l’évolution des ouvertures et des fenêtres, quelque chose de cette bascule au cœur des habitations. La maison cesse d’être uniquement protectrice. Elle devient aussi un poste d’observation, un lieu qui s’ouvre et dialogue avec le dehors. Plus près de nous, les espaces de vie se sont décloisonnés à mesure que les modes de vie changeaient et que l’organisation domestique se recomposait. Autrement dit, la maison n’est pas un lieu étanche coupé du monde : elle suit, traduit et accompagne aussi les transformations collectives.
Concrètement, cela appelle des logements mieux articulés, des espaces modulables capables de changer de fonction au fil de la journée, et d’offrir des repères stables malgré les allers-retours. La chambre d’un jeune parti faire ses études, par exemple, n’a pas vocation à devenir un espace fermé le reste du temps. Elle peut garder sa fonction d’ancrage et rester disponible quand il revient tout en accueillant un usage léger et réversible (coin lecture, bureau d’appoint, salle de musique ou de sport, etc.) le reste du temps. Protéger une place ne signifie pas verrouiller un espace. Cela veut dire préserver des repères sans figer le logement. À l’inverse, pour un enfant en résidence alternée, l’enjeu est souvent d’assurer au maximum un repère stable dans ses mouvements journaliers. Quand on circule entre deux foyers, « faire sa place » n’est pas simple, et la chambre peut être un point d’appui précieux. On sait d’ailleurs qu’en 2020, parmi les familles avec au moins un enfant mineur, 25 % étaient monoparentales et 9 % recomposées.
Le vieillissement ajoute un besoin majeur : que le logement devienne un partenaire du mouvement, quand le corps ralentit, se fragilise ou demande d’autres points d’ancrage. Au 1er janvier 2026, 22 % de la population a au moins 65 ans . Et la préférence est très nette : trois quarts des Français préféreraient rester à domicile en cas de perte d’autonomie. Cela invite à penser des maisons évolutives : circulation modulable, efforts physiques mieux répartis, salle de bains et chambre adaptables, possibilité d’accueillir un proche, un aidant ou un professionnel sans désorganiser l’intime. Cela ouvre aussi des pistes d’habitats collaboratifs et intergénérationnels, où l’on organise l’entraide et le voisinage de façon choisie.
De ce fait, une partie des « organes » de ces maisons-corps vivants peut aussi se déplacer à l’échelle de l’immeuble ou du quartier, sous forme de mutualisations choisies (buanderie, chambre d’amis, atelier, pièce ou jardin partagés, toit-terrasse, espace de stockage, etc.). Il y a là une logique à la fois relationnelle et écoresponsable : plutôt que de démultiplier partout des espaces et des équipements peu utilisés, il devient nécessaire d’imaginer des lieux partagés, bien pensés, disponibles quand on en a besoin. Des démarches de ce type se multiplient, par exemple dans l’habitat participatif, où des projets intègrent volontairement buanderie, chambre d’amis, salle commune, potager, etc. Cela désature les logements de ce qui n’a pas besoin d’être individualisé et, surtout, préserve chez soi davantage d’espace pour l’essentiel : se reposer, se retrouver… respirer.
In fine, le corps de la maison de demain, je l’imagine plus léger, plus agile et plus vivant, parce qu’il devra s’ajuster à des foyers plus petits, plus mobiles et parfois plus intermittents. Moins pensé autour d’une chambre d’enfant « pour toujours », davantage autour de fonctions essentielles et évolutives telles que se reposer, travailler, accueillir, se retirer, se retrouver, etc. Un bureau qui devient chambre d’appoint, un salon qui se transforme en espace de pratique, une pièce qui change d’usage selon les présences et qui permette à chacun (solo, parent seul, famille recomposée, etc.) de soutenir la variation des rythmes du quotidien.
Propos recueillis par Pascal Dreyer, mars 2026