Une préoccupation mineure dans un moment de vie majeur
La sobriété peut-elle s’intégrer dans les choix des habitants au moment d’emménager ? Y a-t-il une place possible pour des pratiques sobres dans ce moment du parcours résidentiel si intense ? Et qu’entend-on par sobriété dans cette étape au cours de laquelle il faut de nombreux choix : achats, meubles, équipements, travaux ?
Une grande diversité de pratiques possibles
Les sociologues Anne-Laure Dalstein et Julie Madon ont enquêté auprès de douze ménages, les rencontrant avant et après l’emménagement. Le questionnement porte sur une grande diversité de pratiques : conserver ou récupérer des meubles et objets / réduire les achats / acheter local, durable, éco-conçu, de seconde main / se débarrasser de manière responsable / louer ou emprunter des meubles ou d’autres éléments (décoration).
Certaines pratiques de sobriété sont largement intégrées par tous, tels que la conservation ou la récupération de meubles dans l’entourage. L’achat de seconde main est devenu banal, très répandu. D’autres sont plus marginales : l’éco-conception est difficile à identifier pour beaucoup ; la location est peu adoptée.
La sobriété au moment d’emménager : oui si ce n’est pas trop compliqué
Pour ces ménages qui affirment a priori un intérêt pour la sobriété, il n’est pourtant pas simple de s’y arrêter : les pratiques les plus adoptées sont celles qui demandent le moins d’effort. On cherche la maximisation de son bien-être quand on emménage, mais aussi à réduire la charge mentale ! Et tout dépend aussi où on se situe dans son parcours de vie d’habitant.
Cinq types de profils étudiés dans leur rapport à la sobriété
L’équipe de recherche distingue ces cinq profils selon leurs temporalités :
- Les jeunes propriétaires, la trentaine, en phase d’agrandissement, ont des tentations de consommation. Leur conscience environnementale les amène à passer d’une sobriété subie à une sobriété choisie.
- Les séparés célibataires doivent se réapproprier un chez-soi. Avec des moyens moindres, il leur faut pourtant recomposer un intérieur, se ré-équiper.
- Les familles qui s’agrandissent sont partagées entre des logiques d’accumulation mais aussi des achats de seconde main.
- Les individus plus âgés déménagent souvent pour plus petit, avec des logiques de désencombrement, avec parfois des difficultés à se débarrasser de leurs affaires.
- Le dernier profil, atypique, concerne les extensions ou agrandissement de maisons, qui amènent à meubler et à acheter davantage.
Des chemins vers la sobriété
Interrogés chez eux puis pour certains en groupes, les habitants expriment tout de même plusieurs chemins vers la sobriété qui leur apportent des satisfactions, à savoir la sobriété :
- Par l’épure, en réduisant le nombre d’objets et meubles possédés.
- Par la durée, en choisissant des équipements qui vont durer longtemps.
- Par le refus du neuf, en systématisant les achats de seconde main.
Autrement dit, plutôt que la sobriété, ce sont plutôt des sobriétés diverses qui s’expriment selon les sensibilités.
La sobriété … et ses concurrents
La notion de sobriété est ambivalente pour les personnes interrogées : elle peut être synonyme de satisfaction mais apparaît aussi comme normative et moralisatrice. Et surtout, elle parvient à s’exprimer en fonction des motifs principaux de l’emménagement : les enjeux de prix, de fonctionnalité, de plaisir à choisir et d’esthétique des meubles et autres équipements.
Une recherche multi-partenaires avec l’Ameublement français, Camif et EcoMaison.
Un webinaire de restitutions des résultats aura lieu le 17 septembre de 13h30 à 14h30, inscriptions : https://app.livestorm.co/ecomaison/emmenager-quels-chemins-vers-la-sobriete