Habiter Mon quartier, mes voisins : enquête sur le voisinage
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Mon quartier, mes voisins : enquête sur le voisinage

Des petits riens aux grands liens : qu’est-ce qu’un bon voisin ?


Recherche

Damien Rondepierre, sociologue, rend compte d’une partie des résultats de la recherche sur le voisinage : « Mon Quartier, Mes Voisins » (2017 – 2019) présentée au colloque être voisin(s) en octobre 2021. L’objectif de cette recherche ? Interroger les pratiques, les liens et les représentations du voisinage de personnes habitant dans des contextes variés. Les relations de voisinage se déliteraient dans un contexte de numérisation de la société, de hausse des mobilités ? Les relations de voisinage s’accentueraient tout en favorisant l’entre-soi et le communautarisme ? L’enquête met à mal ces deux idées reçues sur les voisins dans son quartier : les relations de voisinage restent stables. Comme le montre la comparaison avec l’enquête « Contacts » menée par François Héran en 1983. Le colloque organisé par l’équipe de recherche (Centre Max Weber de l’Université Lyon 2 et INED) et les partenaires de la recherche (Anct, IRCDC, Puca, Métropole de Lyon, Ville de Paris, USH) a réuni plus de 500 personnes (sur place et en streaming).

Relations de voisinages dans son quartier : différents types de voisins

L’expression « relations de voisinage » recouvre une diversité de variables et de pratiques à distinguer. L’intensité et la familiarité de ces relations varient selon les catégories socioprofessionnelles, le sexe, l’âge, l’ancienneté de résidence et même le contexte géographique. Elles sont par ailleurs marquées par des pratiques diverses, rendant les liens plus ou moins forts entre les individus. Si les discussions entre voisins se centrent principalement sur des sujets tels que la météo, le cadre de vie ou de petits riens, ils sont nombreux à parler de leur vie privée. Et à se rendre d’importants services comme le prêt d’argent (10 % des enquêtés) ou le partage d’opportunités d’emplois (6 %). Le voisinage se compose de liens forts (amis, membres de la famille) et de liens faibles (connaissances, etc.). L’intervention de deux sociologues extérieurs à l’enquête, Lydie Launay et Guillaume Favre, consolide cette distinction. Pour eux, le voisinage se scinde en deux catégories :

  • le voisin, individu proche géographiquement mais non inscrit dans d’autres contextes relationnels.
  • le plus-que-voisin, individu proche géographiquement et avec lequel on partage le même type d’activités (loisirs, travail, etc.).

Maxime Felder, sociologue suisse, conceptualise une troisième catégorie : celle des liens invisibles. Une catégorie constituée de personnes que l’on reconnaît sans les connaître, des « inconnus familiers ». Non considérés comme des relations, ces liens ont des effets sur les pratiques et les représentations individuelles. Construits sur un temps long et non interchangeables, les liens avec ces inconnus familiers se distinguent des interactions indifférentes avec des personnes croisées dans le métro par exemple.

Avoir de bons voisins dans son quartier, qu’est-ce que cela signifie ?

Face à cette diversité, peut-on répondre à la question « qu’est-ce qu’un bon voisin ? ». Dans la littérature du voisinage, le bon voisin correspondrait à la personne qui sait tenir une « distance cordiale ». Soit une personne non intrusive et serviable. La recherche « Mon Quartier, Mes Voisins » insiste plutôt sur l’homophilie des relations de voisinage : on fréquente de préférence ceux qui nous ressemble. Cette figure du bon voisin semblerait s’inscrire dans la figure du semblable. C’est-à-dire de l’individu aux caractéristiques sociales similaires. Joanie Cayouette-Remblière (Ined) indique que les personnes enquêtées voisinent principalement avec des personnes ayant le même statut d’occupation qu’elles (84 %), le même sexe qu’elles (72 %) ou encore le même groupe socioprofessionnel qu’elles (44 %). Ce constat s’établit même dans les quartiers de mixité programmée. Malgré l’ambition de mélanger les statuts d’occupation afin d’obtenir une mixité relationnelle, les propriétaires voisinent en grande majorité avec des propriétaires, quand les locataires HLM voisinent majoritairement avec des locataires HLM.

Le « bon voisin » : une figure qui évolue avec les relations de voisinage

Si le bon voisin semble souvent être une personne qui nous ressemble, cette figure reste complexe à caractériser. D’autant que les relations de voisinage s’inscrivent sur un temps long, alternant des périodes de stabilité, de conflit et de reconfiguration des relations. Ainsi, cette recherche dévoile la figure paradoxale du voisin. Les personnes ayant le plus de liens avec leurs voisins sont aussi celles qui reconnaissent avoir le plus de conflits. Comme l’a exprimé Laurence Faure au cours de sa présentation : « bons et mauvais voisins vont souvent de pair ».

Existe-t-il de bons voisins ?

Assurément. Mais est-ce que le bon voisin existe ? Rien n’est moins sûr, cette figure n’est pas la même pour tous. De fait, la sociologue Annick Germain s’interroge face aux résultats de l’enquête : le voisinage serait-il bon dès lors qu’il correspond aux normes et pratiques établies par les catégories supérieures ? Comme le rappelle Yves Grafmeyer, sociologue, lors de sa conclusion du colloque, « les relations de voisinage sont désirables par ceux qui sont les mieux dotés » économiquement, socialement et culturellement. Faut-il pour autant que les relations de voisinage désirables correspondent aux normes sociales des catégories supérieures ?

Article issu d’un compte-rendu réalisé par Damien Rondepierre

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