La relation aux artisans, perpétuel tourment des habitants qui rénovent ? Les situations problématiques sont toujours mises en avant. Mais elles cachent toutes les autres, sur les chantiers qui se déroulent bien. La recherche Explorer le temps du chantier (partenariat ADEME) montre que le chantier relève d’une véritable coproduction entre habitants et professionnels. Ceux-ci sont conseils, prescripteurs, trouvent des solutions sur les aléas du chantier. Les habitants les jugent le plus souvent sur les signes visibles de compétences : ponctualité, propreté, finitions. Mais ils ne mesurent pas que s’ils choisissent leurs artisans, ces derniers choisissent aussi leur client. Trouver les « bons » artisans relève d’un « parcours du combattant », comme en témoignent les Nouvelles de chantier, issues de la même recherche.
Au fond, les habitants connaissent mal les artisans, mais ils ne sont pas les seuls : c’est aussi le cas des institutions, comme le montre cet entretien avec Viviane Hamon, ethnologue et experte du sujet. Au-delà des compétences techniques, elle estime que les politiques publiques et les spécialistes de la rénovation énergétique ignore largement les réalités des artisans : et notamment le fait qu’ils assurent une véritable mission de service aux particuliers.
Pour approcher la culture des artisans, l’Etat de l’art : l’artisanat du bâtiment dans le contexte de transition énergétique donne des repères socio-historiques. La très ancienne culture de ces métiers repose sur la petite taille des entreprises, une valorisation du faire (au détriment des autres fonctions indispensables), et surtout sur une très grande culture de l’autonomie. A l’heure de la transition écologique des bâtiments, certains prônent une rationalisation des chantiers, pensée en amont : cela semble très peu compatible avec cette culture métiers très ancrée.
Cette culture toujours prégnante a été observée et analysée dans cette recherche embarquée sur des chantiers de rénovation en habitat individuel : Les artisans, décideurs créatifs aux mille ressources (en partenariat avec l’ADEME et l’ANAH). Des journées complètes auprès de ces professionnels permettent d’affirmer qu’ils cultivent toujours leur autonomie / assument une très fort charge mentale avec de multiples décisions au quotidien / privilégient les contacts directs et l’informel / cherchent la bonne échelle pour exercer leur métier et pas forcément à développer leur activité / sont en quête de nouveaux équilibres vie pro – vie privée. Sur les chantiers, désormais la photo est omniprésente tout au long du processus, de l’avant à l’après. Elle permet de communiquer entre professionnels, entre habitants et artisans, et même avec les chercheurs qui s’y intéressent, voir à ce propos la recherche Saisir le chantier par l’image.
Les artisans sont des acteurs clés de la rénovation, car ils sont un intermédiaire indispensable entre les habitants et les institutions et organisations. Et ils sont aux premières loges sur les sujets environnementaux. La note de recherche Artisans et écomatériaux montre que certains d’entre eux les utilisent déjà avec beaucoup de satisfaction, même si la profession a du mal à trouver le temps de se former et d’intégrer ces nouveaux matériaux. Sur la qualité de l’air intérieur, la recherche constate que La ventilation en rénovation est un rendez-vous manqué entre habitants et artisans : enjeu mal compris par les habitants, activité considéré comme secondaire par les professionnels, la ventilation est trop souvent reléguée au second plan. Sur ces sujets d’écologie dans la rénovation, un progrès dans l’information des premiers et la formation des seconds serait très utile.