Architecture & urbanisme Architecture Retour sur le salon LuxLive à Londres
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Retour sur le salon LuxLive à Londres

Lumière et technologie, regard sur le plus grand salon européen


Reportage

Daniel Siret et Ignacio Requena sont architectes et enseignants-chercheurs à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Nantes. Ils étaient au salon LuxLive les 23 et 24 novembre 2016 à Londres. Ils reviennent pour nous sur cet événement.

Le plus grand salon européen des technologies d’éclairage

LuxLive est présenté comme le plus grand salon européen annuel des technologies d’éclairage. Environ 250 exposants, des conférences toutes les 30 minutes, du bruit et évidemment beaucoup de lumière. De nombreux stands concernent l’éclairage public et l’éclairage architectural. D’autres s’adressent aux aménageurs de bureaux ou commerces. D’autres enfin proposent toutes sortes de services liés à l’éclairage, de la gestion centralisée au recyclage des lampes. Peu d’exposants mettent en scène la lumière dans l’habitat. Mais les technologies et produits montrés trouveront probablement leur place chez soi, après avoir été diffusés dans les commerces, dans les bureaux et dans l’espace public.

Des LED encore et toujours plus

La totalité des stands présentaient des produits à base de LED. LuxLive guirlandesC’est ainsi devenu une évidence qu’une très grande part de notre éclairage intérieur et extérieur va bientôt être fournie par cette technologie lumineuse. Les LED actuelles produisent une lumière homogène, pouvant être très puissante si nécessaire (éclairage public), avec une température et des couleurs paramétrables. Elles peuvent ainsi s’ajuster aux usages et attentes, et créer des situations lumineuses d’apparence naturelle (impression de lumière du jour puissante émanant d’un luminaire surfacique). Ou des mises en scène beaucoup plus artificielles, proche des lumières décoratives ou festives.

Des formes plus libres

Cet envahissement des LED s’accompagne d’une nouvelle liberté dans l’expression formelle des luminaires. Nombreux sont les fabricants qui mettent à profit le faible encombrement des LED pour proposer des formes et matières lumineuses surprenantes. Finis les points lumineux et les tubes fluos rigides. Les luminaires sont maintenant des surfaces de lumière, des fils souples entremêlés, des écrans malléables intégrés aux tissus des rideaux ou aux doubles cloisons de plâtre. Les lampes font des nœuds, épousent des formes complexes et flexibles, volent au vent…

L’éclairage connecté

La nature technologique des LED les rend faciles à associer aux multiples dispositifs numériques de notre quotidien. Il en résulte de nouvelles possibilités de contrôle de l’éclairage qui sont fortement mises en avant par les constructeurs. La lumière devient ainsi « intelligente ».  Elle offre un paramétrage total de son intensité, de ses couleurs, de son activation par l’entremise de télécommandes Bluetooth. Mais aussi d’applications mobiles et services Internet, de capteurs de présence ou de mouvement, de logiciels de gestion technique, etc. L’éclairage se libère de la forme binaire que nous lui connaissons (allumé/éteint) pour offrir une gamme de potentialités inexplorées.

LuxLive suspensions

Deux remarques complémentaires

A ces constats généraux s’ajoutent deux remarques. La première est la disparition de tout discours associant éclairage et énergie. Les LED actuelles sont supposées durables. Très performantes sur le plan énergétique, elles ne produisent pas de chaleur et s’adaptent intelligemment aux usages des lieux qu’elles éclairent. Au terme d’une évolution technologique de plus d’un siècle, chaleur et lumière semblent désormais prendre des chemins indépendants.

La deuxième remarque, liée à cette évolution, est la présentation de l’éclairage comme un service (« light as a service »). Que l’on peut paramétrer selon ses besoins, ses désirs, ses caprices ou envies. Apparaît ainsi la perspective d’une fourniture de lumière à la demande, dans les conditions du moment, accomplissant en quelque sorte l’idée des « robinets à soleil » que Guy Rottier avait imaginés dans son utopique Ecopolis de 1971.

La révolution technologique des LED et leur inscription dans les réseaux numériques conduisent donc à envisager l’éclairage comme une nouvelle brique dans la construction d’ambiances toujours plus artificialisées et privatisées. Ces constats rejoignent nos hypothèses sur la construction des climats dans l’habitat et l’illusion de « l’éternel été chez soi » par la mise en œuvre progressive d’un contrôle intégral des conditions lumineuses.


Une visite en lien avec la recherche.

Cette visite à Luxlive s’inscrit dans le cadre u chantier de recherche « L’éternel été chez soi – Dispositifs contemporains d’artificialisation du rayonnement solaire et de la lumière naturelle » proposé par Céline Drozd, Ignacio Requena et Daniel Siret, chercheurs au CRENAU à l’ENSA Nantes. Cette recherche fait l’hypothèse d’une artificialisation croissante de la lumière naturelle et d’une attente de climats lumineux personnalisés (privatisés). Ceux-ci sont définis « à la demande », évocateurs de l’imaginaire du rayonnement solaire mais distanciés du soleil, du ciel et des rythmes journaliers et saisonniers. Le chantier de recherche poursuit trois objectifs :

– réaliser un état de l’art des dispositifs contemporains d’artificialisation du rayonnement solaire direct et diffu.

– évaluer et éprouver les dispositifs les plus emblématiques

-discuter les conséquences potentielles de ces dispositifs en matière d’évolution de l’habitat.

Daniel Siret et Ignacio Requena

 

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