Architecture & urbanisme Architecture Initiation à l’architecture, à l’urbanisme et à la construction
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Initiation à l’architecture, à l’urbanisme et à la construction

Entretien avec Florent Hérouard, Docteur en urbanisme et aménagement


Entretien

Florent Hérouard est docteur en urbanisme et aménagement. Il a apporté un regard de géographe sur la notion de chez-soi dans l’ouvrage restituant la recherche Chez-soi, ses choix, conduite par Pascal Dreyer et Bernard Ennuyer au sein de Leroy Merlin Source. Il publie au Moniteur Initiation à l’architecture, à l’urbanisme et à la construction. Il s’agit d’un essentiel pour aborder le logement et l’habitat. Plus qu’un manuel destiné aux étudiants en architecture, il est, par sa simplicité d’usage utile à tous les professionnels qui interviennent auprès des habitants, des artisans aux travailleurs sociaux et médico-sociaux. Entretien.

Destiné aux étudiants en BTS, en licence et master d’urbanisme, en quoi ce manuel peut-il aussi être utile à tous les professionnels qui interviennent auprès des habitants dans le cadre du logement ou du domicile ?

Ce livre est à prendre comme un état des lieux technique, juridique, sociologique et écologique du logement et de l’habitat à un instant T. Il permet aux professionnels en activité depuis plusieurs années de mettre à jour leurs connaissances pour adapter et faire évoluer leurs pratiques. En effet, les questions de logement et d’habitat évoluent sans cesse, avec de nouvelles lois, normes et réglementations, des nouvelles modes, de nouveaux équipements…

Pluridisciplinaire et transversal, ce livre permet aux professionnels de prendre du recul, d’élargir leur vision au-delà de leur métier, d’enrichir leurs pratiques ; le logement est un écosystème en soi que l’on peut difficilement aborder de manière segmentée.

Le livre est relativement court et très illustré. Je l’ai conçu pour qu’on puisse piocher dedans en fonction de ses besoins et de façon rapide.

 

Le lecteur, étudiant ou professionnel, peut régulièrement charger sur son téléphone mobile grâce à des QR codes (flashcodes)  des ressources supplémentaires. Quelle est la plus-value des ressources que vous avez choisies ? 

Les QR codes permettent d’aller plus loin sur certains aspects abordés dans le livre sans le surcharger. Les ressources variées auxquels ils donnent accès permettent donc d’approfondir à son rythme et selon ses intérêts certains sujets. Les documents sont de deux types. Certains sont informatifs, voire plutôt ludiques (histoire de la salle de bain, voyage dans le village fantôme de Pirou, visite d’une maison bioclimatique) : ce sont des vidéos ou des articles de vulgarisation. Les autres, la majorité, sont des documents techniques et réglementaires. En effet, je tenais à ce que cet ouvrage réponde au plus près aux besoins des professionnels, qu’il soit le plus opérationnel possible. Le lecteur peut alors se familiariser avec des outils tels que les PLU (plans locaux d’urbanisme), les normes d’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite, le zonage des risques environnementaux, etc.

 

L’ouvrage rend compte des grandes problématiques qui affectent notre société et transforment à la fois le logement et les manières d’habiter : transition énergétique, révolution numérique, vieillissement de la population. En quoi vont-elles modifier les manières de travailler des professionnels avec les habitants (plus de coopération, plus de transversalité ?) et comment ? 

Nous sommes dans une période de changement de paradigme au niveau du logement et des manières d’habiter. Une partie de la population est moteur de ce changement, veut habiter mieux, de manière plus éthique, moins énergivore, plus solidaire. Ces habitants sont dans une dynamique positive, mais ils restent, il me semble, une minorité. Pour les autres, il faut faire preuve de beaucoup de pédagogie, d’information pour accompagner un changement plus général des mentalités. Certains habitants (et notamment encore des jeunes) sont complètement réfractaires aux changements et ne veulent pas sacrifier une once de leur rêve ou de leur projet d’habitation pour l’intérêt collectif (réduction des gaz à effet de serre, logement pour le plus grand nombre…).

Dans ma région, par exemple, un maire est revenu sur un projet d’écoquartier, pour le transformer en simple lotissement, qui trouvait commercialement plus d’acquéreurs que le projet initial pourtant pleinement inscrit dans le XXIème siècle. Il y a  beaucoup de sensibilisation à accomplir pour faire accepter des modes d’habitat plus denses et plus mixtes socialement, et ce malgré leurs atouts : proximité des services, réduction du coût des transports et donc augmentation du pouvoir d’achat.

Les habitants « militants » sont sans doute les meilleurs ambassadeurs. Ils font visiter généralement très volontiers leur maison, leur quartier, mettent en place des chantiers participatifs via des associations de promotion de l’écoconstruction. Il y a un grand mouvement de fond de ce côté-là.

Comment travailler à cela ? Il n’y a pas de recette miracle ou toute faite. Chaque professionnel peut intervenir à son échelle, dans son domaine, selon ses moyens. Pour ma part, je forme des jeunes, futurs professionnels de l’immobilier et de la promotion, en espérant qu’ils intègrent ces principes à leurs pratiques et qu’ils puissent demain à leur tour sensibiliser leurs collègues et leurs clients.

 

Habiter ne peut pas être réduit à des questions techniques. Quels sont les enjeux humains d’aujourd’hui et de demain pour les villes et les populations ?

Le logement (4 murs et un toit) fait partie de l’habiter. Il en est un point central et permet à l’habitant de se projeter (de vivre) dans sa rue, dans son quartier, dans sa ville… Mais ce logement fait partie d’un tout, d’un environnement, il représente des enjeux humains et écologiques.

Pour moi, l’enjeu principal, et je milite vraiment dans ce sens, est de freiner l’étalement urbain. Que la ville se développe est une très bonne chose pour l’économie, pour de meilleures conditions de vie et pour assurer du logement au plus grand nombre. Ce qui pose problème, c’est la consommation d’espace colossal qu’a représenté jusque-là ce développement urbain. Cet étalement (la production de logements en est grandement responsable) soulèvent tellement de problématiques socio-économiques et écologiques qu’il est très urgent d’agir, d’autant plus qu’il existe des outils législatifs qui vont tous dans ce sens (lois SRU, Grenelle, ALUR, Royal). L’étalement urbain rime avec artificialisation des sols et parfois destruction irréversible de la biodiversité, avec mobilités pendulaires et leur pendant de consommation de carburant et d’émission de gaz à effet de serre. L’artificialisation rime aussi avec disparition de terres arables, imperméabilisation des sols, dénaturation des paysages ruraux…

L’autre enjeu de taille est de rénover l’ensemble du parc de logement. Sachant que les 3/4 des logements en France ont un DPE (diagnostic de performance énergétique) supérieur à D. Cela représente une consommation énergétique immense et une précarité énergétique importante pour les ménages (6 millions sont concernés). Beaucoup de biens deviennent de fait invendables, les factures étant beaucoup trop élevées. Malheureusement en location, ces biens trouvent souvent preneurs, le marché étant tellement tendu dans certaines zones. Les locataires doivent alors assumer ces charges. L’État va dans le bon sens en proposant aux propriétaires des leviers à la rénovation comme le programme habiter mieux de l’Anah ou les crédits d’impôt. Ce sont des dispositifs qui fonctionnent bien, mais il faut encore effectuer un travail de longue haleine pour que le parc de logements le plus ancien s’améliore en profondeur.

Enfin, pour parler des enjeux de demain, je poserai une question dont je ne prétends pas avoir la réponse, mais que je crois que nous tous, professionnels et habitants, devrions la garder dans un coin de notre tête : est-ce qu’on construit aujourd’hui le patrimoine de demain ? Soit la question de ce que nous laissons derrière nous. C’est une lourde responsabilité.

 

Propos recueillis par Pascal Dreyer, septembre 2017

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