Les auto-rénovateurs, des coureurs de fond
Quelles sont les clés d’un chantier d’auto-rénovation réussi ? Tassadit Bonnardot nous partage les grandes lignes de sa thèse menée sur Les pratiques d’auto-rénovation de maisons individuelles face aux enjeux écologiques. Sur les 29 situations de chantier étudiées, elle en retient cinq qu’elle présente de manière très détaillée dans cette thèse soutenue en décembre 2024 et en accès libre.
Présente sur les chantiers à la fois comme observatrice et participante, elle détaille les ingrédients de réussite de ces chantiers menés par des particuliers :
- L’importance de la conception en amont des travaux.
- La recherche de la bonne adéquation entre le projet et les ressources disponibles (temps, argent, compétences).
- L’utilité des réseaux relationnels (notamment pour augmenter les ressources).
La diversité des auto-rénovateurs
Dans cette recherche, elle fait le lien entre ses pratiques personnelles (chantiers collectifs, animation d’un réseau d’entraide) et sa problématique de recherche : comment les enjeux de qualité environnementale sont-ils embarqués ou pas par les auto-rénovateurs ? Elle donne à voir la complexité de ces processus sur plusieurs années. Les auto-rénovateurs ont affaire à une multitude d’interlocuteurs sur leur territoire. Son analyse se concentre sur cinq chantiers emblématiques, car ils révèlent la très grande diversité des situations vécues. On peut retenir cinq thèmes transverses.
Prévoir et planifier son chantier d’auto-rénovation
En terme d’anticipation et d’organisation du chantier d’auto-rénovation, Tassadit Bonnardot relève deux points essentiels :
- Les enjeux temporels : «Le temps court, les moments de travaux où il faut tout faire dans un temps court, c’est clairement problématique. Les temps courts fractionnés avec des longues périodes sans avancées sur le chantier, ça amène à des rénovations moins performantes sur le plan énergétique, mais dont les propriétaires sont contents. Du coup, est-ce grave ou pas ? Tout dépend de l’objectif du ménage. »
- Le couple conception – planification : « s’il n’y a pas de personne dédiée à cette tâche, ça va manquer, ça va amener à des essais-erreurs ; du type on monte un mur puis on se rend compte qu’on a oublié d’y intégrer l’électricité. Donc, il faut le démonter pour le refaire. Ça participe à la fatigue et à l’usure du chantier. Ce rôle de conception-planification est essentiel. »
Ouvrir le champ des possibles
Tassadit Bonnardot pointe aussi l’importance des liens forts (famille et proches) et des liens faibles dans la conduite des projets d’auto-rénovation : « on peut parler de la force des liens faibles : comment, en allant vers des personnes qui nous sont plus éloignées, on va ouvrir le champ des possibles. Si on s’en tient aux liens forts, le risque est de se cantonner au projet initial. J’ai un cas précis en tête : le ménage voulait mener une rénovation énergétique ambitieuse, mais sans vraiment se renseigner. Ils sont restés dans leur imaginaire initial de la rénovation énergétique. Par contre, si on commence à aller à la médiathèque, à lire des livres, à prendre des informations dans les Espaces conseil France Rénov, ou à parler avec des gens qui ont rénové, ça va ouvrir plein de portes et on va re-questionner les choix initiaux. »
Le temps qu’il faut pour mener un chantier d’auto-rénovation
Tassadit Bonnardot met ensuite en avant deux contraintes fréquentes sur les chantiers d’auto-rénovation liées :
- La difficulté à évaluer les temps et les coûts réels : « pour eux ce n’est pas un problème. Pourquoi sont-ils incapables de le dire ? Parce qu’ils passent sur le chantier le temps qu’il y a besoin d’y passer ! Combien d’heures ? Ça ne change rien pour eux. Il y a besoin de passer ce temps-là, ils le passent. […] Certains ont commencé à noter les sommes allouées aux travaux. Mais ils n’ont pas tenu plus de six mois ou un an. En fait, ça représente du travail supplémentaire pour l’auto- rénovateur. »
- Les contraintes à dépasser pour tenir des ambitions écologiques : « Il y a des cas où les ambitions ne sont pas dégradées. Par contre, cela prend du temps et d’autres choses peuvent se dégrader dans la vie du ménage. Je pense à un couple qui avait prévu une rénovation sur un an et demi et ça en a duré trois. »
Combiner les ressources : l’essentiel pour les chantiers d’auto-rénovation
Tassadit Bonnardot montre comment les trois ressources essentielles – temps, argent, compétences – doivent se combiner pour la réussite du chantier : « elles se compensent les unes les autres. Quand on manque d’argent, il faut du temps pour faire soi-même. Si on manque de temps, avoir des compétences permet d’accélérer, parce qu’on va moins tâtonner. Donc les trois vont vraiment ensemble, et c’est l’association des trois qui permet de penser un projet. Je mets le réseau à part, parce que le réseau, c’est un démultiplicateur de ressources. »
L’habitant au centre de tout
Elle propose enfin une série de recommandations pour améliorer les qualités de ces auto-rénovations : formation en amont liée à l’emprunt bancaire, changement de posture des accompagnateurs, congé rénovation qui pourrait ouvrir à des vocations professionnelles. Elle suggère fortement de remettre les attentes et dispositions des ménages au centre du processus, car elles sont à ses yeux de « grandes oubliées, de ceux qui conçoivent le bâtiment comme un objet technique, avec un fonctionnement prédéterminé, qui négligent l’habitant dans la conception. »
Tassadit Bonnardot a rejoint le réseau des correspondants Leroy Merlin Source.