Non classé La maison idéale, hypothèses sur le futur de l’habitat

La maison idéale, hypothèses sur le futur de l'habitat

Séminaire de Leroy Merlin à Nantes, le 13 janvier 2005


INTRODUCTION :
L’habitation est un sujet au coeur des sociétés et des cultures. Même si elle peut prendre une grande variété de formes et de dimensions, sa signification et son importance sociale et culturelle restent immuables. Pour la plupart des français, la demeure idéale est une maison individuelle. Selon l’Insee (2003), plus de la moitié des ménages français atteignent cet idéal (56%).

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La maison est un objet complexe. L’étymologie du mot « maison » et des mots qui lui sont associés nous permet de distinguer trois sens : lieu où rester, siège du pouvoir et abri.

Le mot « maison » vient du latin « mansio » qui vient lui même de l’accusatif « mansionem » qui veut dire « rester ». « Maison » a remplacé le terme gallo-romain de « casa ». Par ailleurs, on attache à la notion de maison des dérivations du mot latin « domus » comme le sont « domicile », « domestique », « domaine ». « Domus », qui signifie l’endroit où siégeait le pouvoir, apporte alors une signification d’autorité et de prestige social. Par contre, le mot anglais « house », dont l’origine se trouve dans le mot en ancien anglais « hus » qui veut dire « abri », nous conduit vers une interprétation non seulement de « protection » mais aussi des fonctions de « cacher » et de « dissimuler ».

La maison est à la fois un objet d’usage qui doit répondre aux besoins du groupe familial, un bien de consommation considéré comme un investissement ainsi qu’un objet d’expression sociale et personnelle comportant une forte dimension symbolique. Son développement est influencé par des valeurs culturelles, des innovations technologiques, des décisions politiques et les forces économiques.

La maison est, initialement, une construction qui doit répondre aux besoins de l’individu ou du groupe social. D’un point de vue anthropologique, sa fonction primaire est celle de protection et d’abri mais également de sauvegarde des provisions ; un lieu pour se protéger des forces de la nature au présent et conjurer les risques futurs. Nous pouvons ajouter à ce besoin de protection et d’accumulation, « le besoin de s’approprier une portion d’espace où les fonctions vitales puissent s’effectuer sans contrainte ».
Le développement de la maison est étroitement lié à celui de la cellule sociale de base : la famille.

La notion de confort dans la maison est une notion récente. Ce n’est que vers la fin du XVIIIe, début XIXe siècle, que le mot « confort » est associé à la construction. L’avènement de la modernité et de la « mécanisation » permet à cette notion de se généraliser en s’appuyant principalement sur les techniques issues de l’ingénierie.

La maison est aussi un bien de consommation soumis aux règles du marché. Elle présente des caractéristiques essentielles pour attirer un acheteur potentiel, c’est un objet qui peut être vendu avec des atouts qui peuvent être marchandés. C’est un bien de consommation qui répond aux besoins de base de l’individu mais qui constitue également l’un des investissements les plus importants dans la vie d’une personne. Au niveau économique, elle ne représente pas un achat ponctuel mais plutôt un investissement pour le futur, investissement qui peut aller au-delà du placement financier et rejoindre l’idée du legs, de l’héritage. La maison est alors un objet qui assure le bien-être économique de sa descendance. Cette situation est en mutation avec l’abandon de la notion de la « maison de famille » occupée par la succession des différentes générations. Cependant, reste l’idée de la maison
comme placement financier. Dans le choix d’une maison, la personne ne prête pas seulement attention aux caractéristiques architecturales de l’objet. Le choix se fait sur un certain nombre de considérations qui peuvent aller de la localisation et du
voisinage jusqu’aux facilités de paiement.

La maison est enfin un symbole. Selon le philosophe Arthur Danto (1982), la maison réunit dans un tout précaire deux aspects de notre nature métaphysique : le corps et l’esprit. Elle est le symbole de la division entre Dieu et l’homme. Selon le livre de la
Genèse, Dieu créa la terre, l’eau, l’air, les plantes et les animaux. C’est l’homme qui créa les habits et la maison une fois expulsé du Paradis. Cette création serait le fruit d’une prise de conscience morale plutôt que d’un besoin d’abri. Adam et Eve auraient pris conscience de leur humanité, de leur nudité. De cette façon, la maison, comme un moyen de se couvrir, serait devenue un symbole de notre humanité, de ce qui nous sépare des anges.

Le philosophe Allemand Martin Heidegger (1969) avance qu’ « habiter est l’attribut primaire d’être… nous habitons non pas parce que nous avons construit, mais parce que nous sommes des habitants ». Alors si « habiter » est une condition humaine, cela signifie que la maison est autant un moyen qu’un sens, c’est-à-dire autant un objet utile que symbolique. Si nous prenons appui sur cette idée, nous pouvons considérer que toute image de soi est dérivée de celle de la maison. Et puisque la maison est une structure faite pour « habiter », alors des maisons de différents styles impliquent des styles différents de vie. Des façons distinctes d’interpréter le symbole de maison impliquent des modes de vie distincts.

Mais la maison est aussi une représentation d’une culture de groupe puisqu’elle est, « la reproduction, plus ou moins modifiée, d’un type ou d’un modèle dont elle exprime les injonctions essentielles dans sa forme, son plan, son décor et son utilisation » (Pezeu-Massabuau, 1983). Le lieu que nous habitons et la manière dont nous l’habitons sont des déterminants importants de notre position sociale. La maison est l’élément central de notre socialisation, un lieu clé dans l’organisation sociale de l’espace. C’est l’endroit où l’espace devient lieu, où se négocient, se contestent et se transforment les relations de famille et de genre ainsi que celles d’identité sociale. La maison est un prolongement de soi, elle permet à l’habitant d’exprimer sa personnalité ainsi que l’image sociale qu’il désire montrer. Nous pouvons aussi insister sur le fait que la maison est un objet architectural qui est économiquement abordable pour la majorité de la population et qui devient alors un objet d’expression sociale et personnelle. C’est la maison individuelle qui est perçue comme étant la résidence dotée du plus grand potentiel de personnalisation. Ce potentiel est ressenti autant dans le cas de la construction par commande que dans le cas de l’achat d’un bien déjà construit (deuxième marché).

En architecture, c’est à travers le récit sans cesse renouvelé du mythe de la cabane primitive que la théorie se construit une définition de l’architecture. De Vitruve à Le Corbusier en passant par Laugier, chacun a su fabriquer sa propre démonstration qui lie sa théorie au mythe fondateur.

La maison est un lieu de paradoxes. Elle combine dans un tout des aspects utilitaires de protection et de refuge, des considérations marchandes ainsi qu’une composante symbolique de représentation sociale. Aucun de ces points, qui ont été soulevés dans l’introduction, ne permet de définir à lui seul ce qu’est une maison. Ils ne permettent pas non plus d’expliquer son importance ni les raisons de l’engouement actuel du public pour ce type de construction. La complexité même de l’idée de maison résulte du croisement de ces différentes façons de la définir. Néanmoins, il semblerait que les préférences et désirs de la population française
convergent vers un type de maison : la maison individuelle périurbaine. Celle-ci peut être considérée comme étant leur type de maison idéale.

LA MAISON IDÉALE :
Les deux conditions de base qui caractérisent cet idéal d’habitation sont son caractère individuel isolé (la maison est non-mitoyenne) et sa localisation en périphérie d’une agglomération urbaine.

Cet idéal de maison est le résultat de l’évolution de divers facteurs en dehors des modes, des styles et des considérations esthétiques qui façonnent son image. La maison évolue, poussée par des changements dans l’usage, dans l’exigence de
confort, dans sa relation avec la ville et dans les méthodes de production.

L’ATTRAIT DE LA MAISON INDIVIDUELLE
L’intérêt des Français pour la maison individuelle est démontré par l’évolution de ce marché. Les statistiques de l’Insee (2003) montrent une progression de 12% des mises en chantier de maisons individuelles pour l’année 1999, totalisant 61% du parc de logements en 2000. Il s’agit d’une forte augmentation par rapport à 1996, quand la maison individuelle comptait pour 51%. Selon le Crédit Foncier (2000), le volume des transactions de vente de maisons individuelles est très soutenu avec une progression de 9,6% en secteur diffus ou périurbain. Les prix se sont orientés à la hausse dans l’ensemble des régions et sur tous les niveaux du marché. En dépit de l’augmentation des coûts de construction et des terrains, la maison neuve en périphérie reste la solution privilégiée par les premiers acheteurs pour qui le logement en centre-ville s’avère financièrement inaccessible.

A Nantes, la construction de maisons individuelles profite d’une reprise observée en 2002 et qui se confirme en 2003. Ce sont les communes hors de la Communauté Urbaine qui connaissent une croissance exponentielle où la construction est passée de 4700 maisons entre 1995 et 1998 à 6300 entre 1999 et 2002 (Sitadel-DRE 2004).

La tendance montrée par les études démographiques et celle du marché immobilier est confirmée par des études socioculturelles. Le désir des personnes envers la maison va au-delà de la seule envie de devenir propriétaire. La maison individuelle est considérée comme la demeure idéale puisqu’elle permet à l’individu ou au ménage de s’exprimer en tant qu’être unique. Une des motivations qui amènent les Français à devenir propriétaires d’une maison individuelle est celle de l’espace, non pas parce que la maison est plus grande que d’autres types de résidences, mais parce que les habitants veulent pouvoir « repousser leurs murs », agrandir dans le futur, chose impossible avec beaucoup d’autres logements.


L’ATTRAIT DE LA PÉRIURBANISATION

L’engouement envers la maison individuelle est très enraciné dans la relation que celle-ci établit avec son environnement. L’idéal de la maison individuelle est étroitement ce qu’on appelle « l’utopie du pavillonnaire ». C’est une pensée qui englobe à la fois les désirs des Français en matière d’habitat mais aussi la part de rêve que ces désirs peuvent recouvrir. Ils avancent que les français ne sont pas simplement attirés par une maison mais par un mode de vie idéal. Cette attirance affecte de façon négative le propos qu’ils ont par rapport à d’autres types d’habitats, principalement les grands ensembles, en renforçant leurs inconvénients, les transformant en symboles de leur non-satisfaction et ainsi renforçant l’utopie du pavillonnaire.

Amos Rapoport (2000) souligne qu’« il est difficile de trouver des endroits où le phénomène de la périurbanisation n’existe pas ». Il considère que, pour la plupart de la population mondiale, les images de l’habitat idéal convergent vers une maison périurbaine. L’image périurbaine est associée à des pavillons individuels dans des zones relativement peu peuplées, avec beaucoup d’espaces verts et l’usage privatif de certains services. Cette tendance vers la périurbanisation augmente en corrélation avec le niveau de
vie. Ce qui permet à Rapoport d’avancer l’hypothèse que l’habitat périurbain reflète les désirs de la population.

Le modèle de la maison individuelle détachée accessible à une grande portion de la population est étroitement lié à l’apparition de la banlieue. Cette forme urbaine est un produit du développement de la ville industrielle du XIXe siècle. La banlieue apparaît comme une réponse à l’augmentation de la population urbaine qui, issue des migrations des campagnes, s’entasse dans la ville pour travailler dans les usines. La banlieue à cette époque ne représentait pas un type unique d’aménagement du territoire. Elle était constituée à la fois des exploitations agricoles, des logements ouvriers ainsi que des résidences bourgeoises et de vacances.

Banlieue noire / Banlieue verte

La banlieue a été au début un « espace d’exclusion », un lieu où l’on retrouvait une population démunie, rejetée par la ville et qui était vouée à habiter des logements dégradés, ce qu’on appelait la « banlieue noire ». Ces habitations étaient pour la plupart des constructions « sauvages », bâties hors de toute réglementation, sans eau, sans égout ni évacuation d’ordures. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, la plupart des maisons n’étaient pas reliées à un système d’alimentation central, l’eau était puisée.

Mais la banlieue est devenue aussi un lieu d’extension de la ville auquel on attribuait des valeurs de la campagne. L’idée de « banlieue verte » est développée par la littérature hygiéniste et entretenue par des campagnes commerciales qui vendent à la
bourgeoisie urbaine un idéal de vivre, une sorte « d’anti-ville » (Erreur ! Source du renvoi introuvable.). Sur la base des
idées scientifiques sur la prolifération des maladies, l’hygiène sociale s’intéresse aux conditions d’insalubrité dans lesquelles
vivent les populations des villes industrielles.

Cette idée est soutenue par la volonté politique de désengorger la ville pour ainsi désamorcer les problèmes sociaux qui menaçaient l’ordre social établi. La publicité des lotisseurs était d’ailleurs en partie financée par des fonds publics.

La banlieue résidentielle
Le concept de « banlieue résidentielle » s’est développé en France à la fin du XIXe siècle. Ces lotissements pavillonnaires, à dominante populaire mais sans exclusivité ouvrière, présentent une architecture composite due au fait que le propriétaire du lot
est le maître d’ouvrage. La prolifération de ces banlieues était poussée principalement par deux désirs : celui d’hygiène et celui de devenir propriétaire. Le premier est incité par les marchands de terrain et les architectes. Marius Tranchant (cité dans Faure 1991) écrit que « la campagne seule permet d’avoir un chez soi et de vivre dans une atmosphère sans fumée, sans poussière, sans odeur ».

Le désir de devenir propriétaire est rendu possible grâce à l’apparition des sociétés d’épargne, puisque au XIXe siècle et au début du XXe la constitution d’un capital pour acquérir un terrain et construire une maison est hors de portée de la plupart des travailleurs. Les sociétés d’épargne mettent en place divers mécanismes – simple placement d’épargne ou véritable accès au crédit – qui permettent à une certaine élite ouvrière d’accéder à ce marché.

C’est dans la période de l’entre deux guerres que la résidence pavillonnaire devient un choix en matière d’habitat, et pas seulement un effet de la spéculation immobilière et de la pénurie de logements dans les grandes villes. Parmi les raisons citées qui engendrent ce changement d’esprit, nous trouvons la liberté que ressentent les personnes du fait d’être propriétaires, ainsi que la possibilité d’avoir plus d’espace. Cette dernière raison a plus de rapport avec l’espace du terrain autour de la maison qu’avec la maison en soi, puisque celle-ci, durant les années trente, n’est guère plus grande qu’un logement collectif et généralement moins équipée. Le terrain joue un rôle essentiel puisqu’il permet de cultiver un potager et sert aussi comme annexe de la maison pour réaliser des activités sales ou encombrantes.

En 1928, la loi Loucheur donne la possibilité aux particuliers d’emprunter à l’Etat, à un taux très faible, les sommes nécessaires à l’achat d’un terrain et la construction d’un pavillon. L’Etat surveille la qualité de la construction et laisse à chaque propriétaire le choix du plan de la maison et de l’entreprise de construction. Ainsi, grâce à cette loi novatrice et sociale, de très nombreux pavillons sont édifiés dans les banlieues, donnant l’occasion à des familles modestes d’accéder à la propriété. En vue de l’expansion du marché, les constructeurs proposent rapidement des modèles standards à meilleur prix.

La période d’après guerre est beaucoup moins favorable au pavillon en partie par la politique de reconstruction qui soutient le logement collectif. Influencé par les idées urbaines mises en avant par la Charte d’Athènes et Le Corbusier, le gouvernement développe un programme imposant la réalisation de villes nouvelles et de logements collectifs. L’urgence était de loger les Français qui avaient perdu leurs logis durant la guerre ainsi que les rapatriés d’Afrique du Nord.

En 1953, Pierre Courant, Ministre de la construction, fait voter une loi qui met en place une série d’interventions (Le Plan Courant) facilitant la construction de logements tant du point de vue foncier que du point de vue du financement (primes à la construction, prêts à taux réduit). Ce plan propose des procédures de projets types qui devaient respecter des normes de surfaces réduites, des caractéristiques techniques minimales et un bas prix plafonné. Ces projets types devaient être homologués pour la France entière par le Ministère de la Construction, procédure lourde et centralisée.

À partir du milieu des années 1960, le gouvernement met en place une politique plus favorable aux maisons individuelles. On assiste à une très rapide expansion des espaces pavillonnaires destinés aux classes moyennes. La naissance d’une génération de cadres, la baisse des coûts de construction ainsi que l’influence américaine avaient promu le pavillon en tête des biens de consommation durable pour une catégorie de Français. Apparaissent alors les villages de promoteur ainsi que le premier village-expo organisé par le Ministère de l’équipement (1966) comprenant, souvent, un souci d’homogénéité sociale et architecturale. En 1969, le Ministre de l’Urbanisme, Albin Chaladon, lance un vaste programme de construction de maisons individuelles. Cette initiative permet à l’Etat, sous le couvert de mieux répondre aux aspirations des ménages français, de se désengager d’une partie du financement des opérations immobilières au profit des banques grâce à la mise sur le marché de nouvelles formules d’épargne et de prêts. Elle permet aussi aux grandes entreprises de construction qui avaient investi dans l’industrialisation du bâtiment et qui produisaient du logement collectif d’ouvrir de nouveaux marchés.

La périurbanisation
Dans les années soixante, le développement urbain trouve dans la zone périurbaine des grandes villes un nouveau pôle d’expansion. Entre 1962 et 1968, la population périurbaine de Paris augmente de 2% grâce aux migrations résidentielles. Les personnes quittent le centre-ville, non pas au profit des banlieues mais plutôt pour s’installer dans la couronne périurbaine. Cette tendance ne fait que croître dans les années qui suivent et s’étend aux autres villes de France, pour atteindre son apogée à la fin des années 1970. Dans les années 1980, cette croissance se stabilise.

Ces zones périurbaines continuent à être majoritairement résidentielles, l’emploi se concentrant dans les pôles urbains, ce qui ne fait qu’aggraver le phénomène des migrations domicile-travail.

L’agglomération de Nantes est un reflet de ce phénomène de périurbanisation. Son périmètre urbain ne cesse de s’agrandir englobant aujourd’hui 80 communes pour 750 000 habitants. Les ménages qui recherchent une maison individuelle et qui n’ont pas de grands revenus (salaire mensuel cumulé de moins de 3900€) sont attirés par les zones périurbaines hors des limites de Nantes Métropole. Dans cette zone, 50% des maisons construites entre 1999 et 2002 appartiennent à des personnes qui travaillent dans Nantes (Sitadel-DRE 2004).

Les communes périurbaines regroupent principalement des familles avec enfants et le pourcentage de jeunes de moins de 20 ans est largement supérieur à la moyenne nationale. Elles se constituent principalement de maisons individuelles (85%), dont la plupart appartiennent à des lotissements pavillonnaires nouvellement construits, mais aussi d’anciennes maisons secondaires ou des bâtiments d’exploitations agricoles transformés en résidences principales.

La prolifération et la dissémination des pavillons brouillent les limites géographiques et sociales entre la ville et la campagne et la frontière sémantique entre les mots « banlieue », « suburbain » et « périurbain ».

Certaines des caractéristiques de ces zones sont durement jugées par la critique. L’absence d’espaces publics et d’usages non-résidentiels ainsi que l’anonymat sont considérés comme générateurs de problèmes par la critique architecturale mais sont
perçus par les résidents comme des caractéristiques positives et désirables. Ceci est, une exemplification des divergences entre les profils de qualité environnementale des résidents et ceux des concepteurs.


LE SUBLIME ET LE PITTORESQUE

Une esthétique n’exprime pas spontanément la culture des habitants. Elle est soumise aux pesanteurs de l’histoire récente de la construction, de l’histoire du goût, au poids des cultures architecturales qui se diffusent lentement, des théories et des modèles établis pour d’autres situations. Le sublime et le pittoresque ont été au centre des débats esthétiques qu XVIIIe et XIXe siècles.
Le sublime caractérise cette sorte d’émotion esthétique que nous apporte le saisissement face à ce qui nous dépasse.
Le pittoresque est fondé sur les plaisirs de l’inattendu et de la variété des spectacles. Ses attributs son le naturel, le changement et l’irrégularité.

Des caractéristiques de l’architecture moderne coïncident de façon troublante avec les attributs du sublime :
• La blancheur
• La répétition : qui suggère l’infini.
• L’uniformité et l’unité qui s’oppose à tout relâchement ou détente qui distrairait de la grandeur.
La construction a été soit effacé par les architectes modernes qui ont proposé une version cubiste de l' »alphabet du sublime » néo-classique, soit mise en valeur d’une façon héroïque dans les grandes structures dont l’objectif n’était pas la communication, mais plutôt l’étonnement et l’admiration. L’expression poétique des matériaux prolonge la tradition pittoresque. L’esthétique domestique est destinée à devenir familier. Les effets du pittoresque, et en particulier ceux de la construction comme langage, ne sont pas destinés à la contemplation, mais plutôt à constituer une présence poétique plus modeste qui accompagne la vie sans avoir à suspendre son souffle.

INFLUENCE DES DÉVELOPPEMENTS TECHNIQUES DANS L’ARCHITECTURE RÉSIDENTIELLE
Jamais un panel des techniques, matériaux et produits du bâtiment n’a été aussi étendu. Ce qui n’est pas incidemment, sans poser un problème de cohérence architecturale. Les architectes jonglent avec cette donne et contribuent activement à son renouvellement ainsi qu’à son élargissement.

La décennie passée a vu fleurir de nouvelles technologies que le temps et l’usage aident à trier, distinguant les bonnes pistes des mauvaises. Bon nombre d’innovations achoppent ainsi sur des résistances liées à l’organisation du travail, à l’usage social ou à leur impact culturel en dépit d’une pertinence technologique avérée. Un simple inventaire et l’esquisse d’un bilan se révèlent édifiants. Les exemples abondent d’inventions ravalées, de techniques détournées, de filières industrielles avortées quand d’autres connaissent une relative vulgarisation ou consécration. Les modes et tendances sont cruelles aussi pour les produits. Certaines techniques se sont cependant imposées et leurs produits semblent durablement installés. Songeons au développement de la modeste plaque de plâtre érigée en système qui a envahi le bâtiment tous secteurs confondus. Ou encore l’hégémonie des produits verriers qui se dressent par pans entiers en façade ou en couverture, raidis par l’acier. Les structures arachnéennes d’hier se sont
singulièrement simplifiées, le high-tech étant passé de mode au profit d’une expression assagie, mais les techniques du verre, collaborant ou structurel appartiennent désormais au domaine commun.

AVANCÉES ET CONQUÊTES

Portées par la logique d’enveloppe qui gagne le bâtiment, les peaux et vêtures sont dans leur ensemble promises à prolifération. Les fonctions attendues de cette enveloppe (échanges et tous genres avec l’extérieur) alimente une innovation multiforme. Sans parler de l’aspect. Les cassettes et bardages en acier ou aluminium se parent d’infinies nuances avec l’essor des peintures.

Le béton préfabriqué en panneaux polis qui exploite sa plasticité originelle est un bon exemple de l’évolution des matériaux traditionnels. Il se diversifie dans sa composition en inventant des alliages sophistiqués (fibres ou résines) qui bientôt, de
béton, n’ont plus que le nom.

Polymères et matériaux de synthèse sont d’infinies ressources et sagacité. L’arrivée en force des plastiques et des résines se fait principalement par les menuiseries, les profilés et les huisseries. L’évolution de ce type de matériau propose de s’emparer de la baie toute entière, ainsi que de la peau sans distinction de baies ou de trumeaux. Leur offensive s’accompagne d’une pénétration insidieuse de la chimie sur tous les terrains. Au point que certains ingénieurs du bois ne reconnaissent plus le matériau dans ses caractéristiques et ses comportements.

A l’évidence, l’avenir des matériaux set dans la mixité. C’est en association qu’ils satisfont mieux à la nouvelle partition du bâtiment entre structure et enveloppe : les fonctions s’autonomisent, les ouvrages se dissèquent et se décomposent pour mieux circonscrire les performances. Toutes sont assujetties à la quête de légèreté. L’évolution des techniques de construction va vers l’allègement. La maîtrise des structures se dérobe au profit du contôle des ambiances. La mixité est la meilleure stratégie dans cette chasse à la performance et au kilo de trop. Un principe d’ailleurs incontournable. L’acier nécessite d’un recouvrement en laine de roche ou de verre pour le protéger du feu. Le bois, qu’il soit massif ou lamellé-collé, s’articule et s’assemble avec des pièces de métal et se contraint avec des tirants d’acier. Le verre se juxtapose et se connecte avec de l’acier et des feuilles en silicone pour
gagner en dimension.

Les matériaux nobles d’antan trouvent en association de nouvelles applications. Le marbre s’affine sur quelques millimètres et se contrecolle avec de la résine ou une plaque d’aluminium de façon à l’alléger et permettre de faire des revêtements pour
les intérieurs d’avions privés.

FREINS ET RÉSISTANCES
Toutefois, comment expliquer cette hécatombe d’innovations mortes-nées ou tombées en désuétude. Certains observateurs font valoir les multiples freins et résistances à l’innovation qui peuvent compromettre des avancées pourtant pertinentes ; ces matériaux produits et composants se heurteraient à l’inertie du secteur Bâtiment. Complexes, composites, ils remettent en cause l’organisation du chantier, la partition des métiers et rognent la valeur ajoutée de l’entreprise de construction classique.

D’autres expliquent ces échecs et la lenteur du développement des produits innovants par la logique industrielle qui privilégie la grande échelle et la série longue. La concentration industrielle qui s’opère actuellement à l’échelle des marchés européens s’accompagne d’un mouvement de repli des grands groupes industriels sur leurs métiers de base. Cette logique économique ne semble guère favorable à la petite série expérimentale et innovante. Elle plaide plutôt pour une simplification – banalisation de l’offre en rapport avec l’internationalisation des marchés. Or, l’innovation et l’expérimentation sont traditionnellement portées par des PME en France, lors quelles y sont incitées par les pouvoirs publics qui distribuent forces aides et subventions quand ce n’est pas la réglementation.

Le produit Isonver de Saint-Gobain doit son succès à l’isolation imposé par la réglementation thermique née de la crise d’énergie de 1974. Ces PME étant aujourd’hui absorbées par de puissants groupes, leurs produits en séries courtes n’ont pas survécu. Et les politiques techniques s’estompant, l’innovation n’est plus portée comme avant. L’innovation, cette tradition française, serait-elle en perdition ? L’architecture, toujours, en sera le relais.

LE CONFORT
Le confort est aussi un élément qui incite les habitants à choisir la maison individuelle, mais celui-ci reste une notion abstraite et peut-être atteint à travers plusieurs composantes du logement.

La loi parle d’habitation décente, mais que signifie ce terme ? Le « tout confort » ou « confort de base », défini de façon normative par l’existence de w-c intérieurs, d’au moins une salle de bain et du chauffage central ou son équivalent, nous semble dépassé aujourd’hui. Une enquête de la SOFRES (1994) révèle que le confort du logement est désormais une amélioration acquise.

La relation entre la superficie du logement et le nombre d’habitants est un des éléments qui sous-tendent cette notion de confort. La superficie par personne en 1996 était de 35,2 m², contre 27,5 m² en 1978 (INSEE cité dans Bellanger 2000). La superficie moyenne d’une maison individuelle est passée de 77 m² à 88 m² en 18 ans (1978 – 1996). Actuellement la superficie moyenne est de 110 m² pour 4,7 pièces.

Différentes enquêtes identifient d’autres éléments importants pour les habitants par rapport à la notion de confort. Les personnes souhaiteraient la multiplication de certains équipements, principalement la salle de bains ; qu’ils voudraient ne pas être gênés par les bruits ni par les odeurs, pouvoir contrôler la vue et la lumière. Ils exigent plus d’intimité et d’autonomie, d’une pièce supplémentaire, de flexibilité ainsi que de la notion d’un confort vécu différemment puisque le confort de base est acquis dans la maison aujourd’hui. Une étude de marché faite en 1999 pour une grande enseigne de bricolage conclut que la maison idéale serait « claire, lumineuse et près de la nature, elle serait également confortable et chaleureuse » (Isabelle Dubois, responsable des études chez Leroy Merlin).

Les désirs exprimés ici par les habitants questionnent la hiérarchie des caractéristiques mises en avant traditionnellement dans la maison. Ils sousentendent l’importance du confort de base ainsi que d’autres notions comme l’intimité, la luminosité et les nuisances sonores.

Ce qui est évoqué par les habitants se présente comme une multitude de considérations qui mélangent à la fois des caractéristiques de l’objet construit, des phénomènes physiques et la façon dont ils sont perçus.
La notion de confort est employée en des sens différents. Le terme est associé à d’autres termes renvoyant à la fois à des dimensions techniques et sensorielles
• Confort moderne
• Confort domotique
• Confort expert
• Confort d’ambiance
• Confort physique
• Confort matériel
• Confort psychologique
• Confort intellectuel

La notion de confort tend à s’étendre et à s’universaliser. Menace totalitaire de cette notion qui devient un mythe. D’où la crainte d’une idéologie du confort pour le confort… alors qu’il s’agirait d’une notion en perpétuelle redéfinition à travers des processus dynamiques de qualification environnementale liés à l’usage des objets techniques et des espaces.

En architecture, la notion de confort est utilisée comme tell de façon assez récente et surtout avec l’avènement de la modernité et de la « mécanisation » (S. Giedion) en s’appuyant sur les techniques de l’ingénieur et sur les sciences de l’espace.

Les considérations de confort dans l’histoire de l’architecture peuvent se résumer
aux :
• « Utilitas » Alberti (XV siècle)
• Commodités Organisation (plan)
• Convenances Partition, ameublement
• « Standards » Conformité (Le Corbusier)
Le mot « Confort » vient de l’Anglais « Comfort », il est arrivé en France au XIX siècle.

TECHNIQUES

Pour les ingénieurs et techniciens, la notion de confort serait très important car l’usager est le « client final » des objets techniques, c’est alors une notion instrumentale pour une démarche normative et opératoire, l’ingénieur a besoin de la notion parce qu’elle constitue un butoir social, un point de repère physiologique, un invariant permettant de produire de la technique (M. Marié)

Les considérations de confort permettent de mettre en place des :
• Normes et recommandations
• Technologies domestiques, innovation, émergence de la domotique
• Question de l’entretien
• Problème de la sécurité
• Fonctions fonctionnalisme en architecture
• Besoins « science de l’habitat »
• Economie des moyens Construction et rationalisation

SOCIÉTÉ ET USAGE
Les sciences humaines sociales questionnent la notion de confort en évitant de la réduire aux dimensions techniques et normatives ; le confort se serait d’abord la capacité de le produire soi-même (P. Dard), la norme technique universaliste ne pouvant répondre à toute la diversité des situations.

Enfin, le confort interroge précisément les sens (perceptions, cinq sens) et le corps en action. Il dépend des usages et des moeurs de la civilisation, du progrès technique et social. Elle prend en considération des notions positives comme « commodité », « aise », « agrément » et les oppose à des notions comme « incommodité », « désagrément », « gêne » et « nuisance ».

Le confort a des notions qui lui sont proches comme le sont l’« hygiène » (santé et morale au XIXème siècle), le « bien-être » (sensation agréable que procure la plaine satisfaction des besoins physiques), le « luxe matériel » ainsi que les « normes »
(création du CSTB après guerre en France)

Les innovations architecturales, accompagnées par les évolutions sociales et les nouvelles techniques, tendent à questionner sens cesse nos conceptions du confort et nos capacités à en produire.

DES ENJEUX ET DES LOGIQUES SPÉCIFIQUES

Confort thermique : recherche d’équilibre des échanges thermiques du corps (respiration, peau), la température centrale doit être stabilisée à 0,6 °C prés.
Paramètres physiques : échanges superficiels (convection, rayonnement, évaporation) activité et vêtement interviennent.
Paramètres physiologiques internes : le noyau central du corps doit maintenir sa température, la périphérie pouvant évoluer.
Enjeu économique (maîtrise de l’énergie, avènement des thermiciennes années 70)

Confort lumineux : il est depuis longtemps recommandé que l’éclairement atteigne des valeurs minimales. L’absence d’éblouissement et de reflets gênants est aussi un critère majeur de confort.
Enjeux multiples : insécurité, lisibilité, esthétique (avènement de l’éclairagisme urbain
années 80).

Confort acoustique : Particulièrement lié à la notion de gêne et au phénomène urbain. Des normes d’isolation légifèrent le cadre bâti.
Enjeu social (voisinage, stress, premières études après guerre) et récemment esthétique (« paysage sonore » année 70)

Qualité de l’air et odeurs : le combat contre les odeurs est un des tout premiers combats (A. Corbin), depuis trente ans, la qualité de l’air est devenue une préoccupation croissante.
Enjeu social, écologique.

Ergonomie : aménagement des postes de travail, postures, confort visuel et phonique.

L’ÉVOLUTION DE LA NOTION DE « CONFORT »
Après la 1ère Guerre Mondiale s’ouvre l’ère du « confort moderne ». Il s’agissait de démocratiser le confort grâce aux installations techniques comme le chauffage central, la salle de bains, l’électricité et le gaz. Les problèmes d’hygiène exercent une influence déterminante sur la définition et la conception d’un habitat dont le confort domestique est progressivement plus poussé. L’hygiène, marquée par des principes aéristes, avance que l’air vicié est cause de maladie. La ventilation devient alors un critère de conception majeur. La publication « La Cité Coopérative » de Paris-Jardin est alors un organe qui permet d’exposer des idées sur la salubrité des constructions, des considérations sur les matériaux ainsi que sur la ventilation de la chambre à coucher. Cet intérêt pour la ventilation et l’ensoleillement se reflète dans les maisons exposées dans cette publication à partir de 1912. Elles présentent une
prolifération d’ouvertures et témoignent d’une préoccupation pour l’exposition des pièces en fonction de leur usage. Mais la crise du logement va laisser cette évolution, dans bien des cas, à l’état de projet.

Les avant-gardes architecturales vont s’emparer de ce concept pour élaborer leurs propositions. Pour Le Corbusier [ca 1929] la maison est une machine à habiter : « une machine diligente et prévenante pour satisfaire aux exigences du corps : le confort ». Les CIAM, lors du 2e congrès, proposent « l’existenzminimum » dans lequel l’utilisation de chaque espace est déterminée par l’architecte : « des plans qui favorisent la mise en place d’un lit dans le séjour ou qui rendent possible de manger et de se tenir à plusieurs dans la cuisine, sont mauvais ». Ils proposent aussi la rationalisation du logement qui suppose de repenser les activités dans la sphère domestique de façon à simplifier la tâche de la ménagère et à diminuer sa fatigue. Les propositions de logement présentent l’influence des idées, provenant des Etats-Unis : celle des « ingénieurs domestiques » avec l’incorporation d’armoires
encastrées, la fusion des salons et salles à manger, les douches et l’éclairage dissimulé. Le confort est désormais fondé sur des connaissances objectives (ergonomie, acoustique, thermique), des réseaux (eau, gaz, électricité) et des machines (arts ménagers).

L’objectivation du confort s’impose à cette époque. Le fonctionnalisme trace les catégories fondamentales d’activités. Les espaces doivent être dissociés selon leurs fonctions (cuisiner, manger, habiter, dormir, laver et nettoyer). Le CSTB (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment) est créé, en 1958. Il s’occupe de la publication du REEF (Répertoire des éléments utiles à l’élaboration des projets en France métropolitaine). L’équipement des logements prend son envol dans les années 1950 et ce n’est que vers 1975 que la totalité de la population française a accès à l’eau courante dans son logement. Néanmoins, des installations sanitaires
comme le WC, la baignoire ou la douche ne sont présentes que dans 80% des logements.

Depuis les années 1970, le confort des résidences ne cesse de s’améliorer avec l’augmentation du pouvoir d’achat des ménages et le développement de l’industrie qui favorisent l’acquisition de machines domestiques. Par exemple, en 1954 seulement 10% de la population possèdent un réfrigérateur alors que dans les années 1990 presque tous les ménages en possèdent un.

Actuellement, si l’on regarde les propositions des constructeurs en matière de confort dans l’habitation, celui-ci se décline non seulement dans des prestations d’installations sanitaires, de chauffage et d’isolation, mais aussi sur d’autres types de considérations comme la domotique, les aspects de sécurité ainsi que des considérations de tranquillité et d’ensoleillement.
La fin des « trente glorieuses » avec la première crise du pétrole fait aussi que l’on interroge ce confort lié au développement économique (vu comme une progression sans fin) dans ce qu’il avait de dispendieux.

Avec le mouvement pour la sauvegarde de l’environnement, dans les années 70 le solaire actif ou passif fait objet de débat, le passif remettant en cause partiellement le plan de la « cellule » logement.

Notre conception du confort n’échappe pas non plus aux nouvelles technologies de communication (en temps réel, ubiquité du portable, etc.) et aux modes de gestion automatique (domotique, automatique).

Ces technologies modifient grandement notre rapport à l’espace et au temps.

DU CONFORT AUX AMBIANCES

Les désirs des habitants montrent que l’on peut considérer le confort de base comme acquis. Leurs études indiquent que le public recherche dorénavant une notion de confort qui est vécue différemment et qui va au-delà des considérations primaires pour prendre en compte plus de facteurs.

Ces conclusions nous permettent d’avancer que l’habitant s’intéresse et donne de l’importance aux « ambiances » de sa maison.

Une étude récente du CREDOC pour la FNAIM (2000) sur les qualités environnementales et sanitaires des logements des Français s’intéresse, parmi d’autres critères, aux facteurs d’ambiance. Ces résultats montrent ainsi que 29% des français considèrent les facteurs d’ambiance, l’orientation et la luminosité des pièces notamment, comme des critères importants au moment d’acquérir un logement. Ces attributs viennent directement après le prix, la localisation et la situation géographique de la maison. Il est aussi important de faire remarquer que des considérations qu’ils appellent « sanitaires » viennent bien après avec seulement
un score compris entre 9 et 2%. Ces considérations rejoignent l’idée de confort de base exprimé avant et qui comprend les installations sanitaires, le chauffage et l’insonorisation.

Ce que nous appelons ici « ambiance » renvoie à l’ensemble des perceptions que l’on peut avoir des interactions entre l’espace construit et les phénomènes sensibles, comme l’ensoleillement, la lumière naturelle, la chaleur, le bruit, etc.

L’émergence de la notion d’ambiance dans le discours des concepteurs montre un intérêt nouveau pour le rapport sensible à l’espace construit. Ce qui donne une légitimité aux approches sensorielles de l’environnement dans la conception architecturale et urbaine.

Le mot « ambiance », dans son usage courant, couvre un vaste champ sémantique. Le mot « ambiance » renvoie à des analogies directes comme « atmosphère », « cadre », « climat », « décor », « entourage », « environnement », « milieu » et « paysage ». Celles-ci véhiculent un excès de sens qui brouille l’interprétation du mot mais qui se réfère en général au domaine de l’espace architectural et urbain.

Les essais de théorisation ne semblent pas vouloir donner une définition stricte des ambiances pour éviter de ne pas les enfermer et d’empêcher leur développement. C’est un domaine ouvert qui est en formation et caractérisé par des limites floues.

Les ambiances se trouvent à la croisée d’un phénomène physique, d’une expérience d’usager sensible et d’une dimension esthétique. Nous pouvons la définir comme étant un ensemble de phénomènes localisés qui composent une organisation spatiale construite dont les signaux physiques identifiables interagissent soit avec la perception, l’affectivité et l’action des sujets, soit avec ses représentations sociales et culturelles. Deux principes servent d’hypothèses pour circonscrire la notion d’ambiance. Le premier propose que la notion d’ambiance engage un rapport sensible au monde. Le deuxième présente la notion d’ambiance comme étant
fondamentalement transversale et interdisciplinaire puisqu’elle prend en compte simultanément des données techniques, sociales et esthétiques. Le caractère unique d’une ambiance est la synthèse faite par un individu des perceptions multiples suggérées par un lieu à un moment donné.

Il semble y avoir un accord général sur le fait que la notion d’ambiance est fondée sur le sensible. Le consensus porte aussi sur son caractère transdisciplinaire et pluriel. Cette transdisciplinarité est nécessaire puisque les ambiances se forment au croisement des phénomènes physiques, de la perception d’une expérience sensible et de considérations esthétiques.

L’étude des ambiances exige de faire appel à des techniques d’étude issues de différents domaines et parfois même de construire des instruments spécifiques. Les études transdisciplinaires font appel autant à des méthodes de mesure des éléments physiques qu’à des méthodes d’enquête auprès des usagers.

Dans le domaine de l’habitat, le langage courant donne un sens au mot « ambiance » qui n’est pas celui mis en avant par les chercheurs de ce domaine d’études. Il est impératif de faire la distinction entre l’acception qui lui est donnée par le public en général et celle donnée dans le domaine de l’architecture et de l’urbanisme. Dans la vie courante, grâce principalement aux revues de décoration et de bricolage grand public, le terme « ambiance » s’approche de la définition de l’« ambiance cosmétique ».

Cette notion ne prend en compte que le côté esthétique, délaissant d’autres aspects comme le sont les considérations physiques. Mais l’utilisation usuelle du mot ambiance ne se limite pas aux considérations purement esthétiques, elle peut englober aussi quelques considérations sensibles des phénomènes physiques.

La notion d’« ambiance » se démarque et complète celle de « confort » par le fait qu’elle ne se limite pas au bien-être physique de la personne et qu’elle n’est pas normative. Sur la base des perceptions multiples, la notion d’ambiance combine à la fois le sensible, les représentations socioculturelles et la dimension esthétique.

En conclusion, nous pouvons établir que l’évolution du confort amène les personnes à être sensibles aux ambiances de leurs demeures. Il convient alors de s’interroger sur l’importance de cette notion dans le domaine du logement ainsi que la pertinence
de la notion d’« ambiance résidentielle ».

LA MAISON ÉCOLOGIQUE
LE DEVELOPPEMENT DURABLE
Nous pouvons définir le développement durable comme un mode de développement qui satisfait les besoins des populations d’aujourd’hui sans compromettre la satisfaction des besoins des générations futures. Il recouvre des préoccupations sociales, économiques et environnementales.

Sa légitimité réside, en partie, dans les erreurs passées. En effet, même si aujourd’hui cette dimension est importante dans les choix d’un projet, nous avons longtemps « planté » des bâtiments dans un site, sans se préoccuper suffisamment des effets que la construction pouvait avoir, et pour tout le temps qu’elle restera debout, sur son environnement immédiat : paysage, écosystèmes naturels préétablis, nappes qualité de vie des riverains… Nous nous sommes trop attaché aux concepts architecturaux, en faisant confiance à la technologie pour leur donner corps, sans se préoccuper suffisamment des gaspillages d’énergie qu’ils pouvaient
induire.

Nous avons parfois privilégié des techniques constructives ou des matériaux, dans un souci d’esthétique ou d’efficacité et de rentabilité à court terme, sans se préoccuper suffisamment des effets qu’ils pouvaient avoir, dans le long terme, sur l’évolution des métiers, la dégradation des milieux naturels ou l’épuisement des ressources.

Aujourd’hui, la situation évolue rapidement et les architectes et bureaux d’études sont de plus en plus soucieux de disposer d’outils pour intégrer la dimension du développement durable dans leurs projets.

Chaque bâtiment prend sa par, plus ou moins grande, de prélèvement de ressources, d‘émission de polluants, de production de nuisance. L’enjeu dépasse alors le cadre restrictif de l’opération spécifique. Par effet cumulatif, les impacts globaux sont la somme des impacts spécifiques de chaque bâtiment.

Chaque maître d’ouvrage prend sa part de responsabilité dans la qualité du patrimoine bâti que nous léguerons aux générations futures. Il peut légitimement souhaiter adopter, à l’occasion d’un projet de bâtiment, une démarche citoyenne consistant à prendre en compte un certain nombre de préoccupations collectives comme :
• Protéger l’environnement, à l’échelle du site comme à celle de la planète,
• Limiter les prélèvements des ressources épuisables,
• Laisser aux générations futures une planète viable,
• Ne pas se désintéresser des conditions économiques et sociales de la production du bâtiment et des matériaux qui le constituent.

La réglementation
Il n’existe pas aujourd’hui en France des réglementations globales de la qualité environnementale dans les bâtiments. Certains des aspects de la qualité environnementale sont l’objet d’une réglementation spécifique : énergie, acoustique, déchets, pollutions… Avec l’évolution de la réglementation thermique (RT 2000), des nouveaux aspects sont concernés (éclairage, climatisation,
confort d’été).

Ce n’est donc pas, dans la plupart des cas, sur un arsenal réglementaire que peut s’appuyer le maître d’ouvrage pour motiver et justifier une démarche environnementale. Souvent, au contraire, des innovations fondées sur l’approche environnementale se heurtent au carcan peu évolutif des réglementations (recyclage des eaux pluviales, assainissement autonome à la parcelle, technique
non traditionnelle ne bénéficiant pas d’Avis Technique…).

Plutôt que vers une réglementation ou une labellisation des bâtiments de qualité environnementale, il semble que l’on se dirige en France vers une qualification de la conduite d’une opération, ce qu’on appelle le « management » environnementale.

HYPOTHÈSES D’ÉVOLUTION DE L’HABITAT
En ce qui concerne les hypothèses sur l’évolution de l’habitat il est nécessaire de faire référence au livre « Habitat(s) Questions et hypothèses sur l’évolution de l’habitat » de François Bellanger (2000) dont nous proposons quelques extraits a continuation.

LA MAISON IDÉALE
Le Corbusier La maison « provoque une véritable hystérie sentimentale; faire sa maison, c’est à peu près comme faire son testament… Quand je ferai ma maison… je mettrai ma statue dans le vestibule et mon petit chien Quetty aura son salon. Quand j’aurai mon toit, etc… Thème pour un médecin neurologue. Lorsqu’a sonné l’heure de bâtir cette maison, ce n’est pas l’heure du maçon ni du technicien, c’est l’heure où tout homme fait au moins un poème dans sa vie. Alors nous avons, depuis quarante ans, dans les villes et les périphéries, non pas des maisons, mais des poèmes,… » Le Corbusier (1923) Vers une architecture.
Enquête Conseil supérieur du notariat Figaro Magazine / Ifop, mai 1997
• 49% rêvent d’une maison à la campagne
• 23% d’une maison en périphérie d’une ville
• 13% d’un appartement en centre ville
• 9% d’une maison en centre ville
• 2% d’une maison dans un hameau clos
• 48% préféreraient un logement neuf
• 44% d’un logement ancien

« Lorsque nous interrogeons les consommateurs sur leur maison idéale, celle-ci est vue, non plus comme un lieu de représentation, mais comme un lieu d’épanouissement. Ils rêvent tous d’une maison claire, lumineuse et près de la nature, qui serait également confortable et chaleureuse. Elle suivrait l’évolution de la famille, les choses n’y seraient pas figées, et la mixité des pièces serait réelle. » Isabelle Dubois, responsable des études chez Leroy Merlin

Plus d’espace
INSEE, Enquête nationale sur le logement « Jusqu’en 1991, la seule chose qui intéressait véritablement les gens, c’était l’espace, avoir plus d’espace. Une demande d’espace auquel semble répondre un agrandissement moyen des logements. La surface habitable moyenne est passée de 82 m2 à 84 m2 entre 1984 et 1992 (103 m2 en maison individuelle pour 4,7 pièces en moyenne, 66 m2 en appartement 3 pièces). La taille moyenne des ménages ayant diminué, la surface par personne est aujourd’hui de 34,1 m2, contre 30,7 m2 en 1962.

La pièce manquante

Malgré cela 44% des Français déclarent manquer d’une pièce d’accueil pour des personnes de passages, d’autres souhaitent avoir un bureau, une cave, un balcon ou une terrasse.

Des pièces plus grandes…
Les acteurs de la distribution très à l’écoute des Français remarquent aussi que la taille des pièces des logements standardisés ne correspond plus à leur mode de vie. L’un des exemples en est la chambre, une pièce où adultes et enfants tendent à se retirer pour s’isoler des autres et qui accueille de plus en plus d’activités bien éloignées du simple repos.

… ou que l’on peut agrandir

Pour répondre à ce problème d’exiguïté, certains architectes innovent en « décloisonnant » le logement (suppression des couloirs et des entrées, pièces vitrées, etc.) ou en introduisant des duplex ou des séjours à double hauteur. Mais ces tentatives ne rencontrent pas toujours l’accueil espéré.

De la place, aussi, pour ranger

« La demande d’espace de rangement est une valeur en hausse. Les gens ont l’impression qu’ils n’ont jamais assez de place pour ranger leurs affaires. » Isabelle Dubois, Leroy Merlin

« Cette obsession du rangement se vérifie quand les gens visitent des appartements. La premier chose qu’ils regardent ce sont les placards, car cela leur évite d’acheter des meubles de rangement qui ne sont, en général, ni très esthétiques, ni très
valorisant B. Magescas

Meubles nomades; une réalité ou un leurre
« Les gens veulent avoir l’impression de pouvoir faire évoluer leur environnement. En témoigne, le succès actuel des meubles et des tables à roulettes. B. Fournier, Pdg de Mobalpa

Cet engouement relève plus du fantasme que d’une réelle utilisation 90% des meubles à roulettes ne bougent jamais de place, explique-t-il. Mais nous apprécions autant les avantages fonctionnels liés à la mobilité d’un meuble que le champ de liberté supplémentaire qu’elle évoque. Car même si on ne le déplace jamais on sait qu’on pourra le faire un jour. »
G. Laizé, directeur du VIA

La fin des tendances?
« De façon générale, je crois que les grandes tendances vont disparaître et céder leur place à une mosaïque de repères »
G. Laizé, directeur de VIA

« Autrefois, on décidait d’avoir un salon style Empire, aujourd’hui, il n’y a plus de modèles sociaux légitimes. On veut inventer son propre modèle, son propre décor. Dans la maison, comme dans la mode, la musique ou la cuisine, le mélange devient la source infinie d’inspiration » M. Loiseau, chargée de prospectives socioculturelles à l’agence Publicis

Le monde et le terroir

Ce brassage des styles d’ameublement ne porte pas seulement sur l’ancien et le moderne. Grâce à la télévision et aux voyages, les Français se sont ouverts sir le monde et font entrer petit à petit dans leurs maisons le « village global ».

Déstructuré ou « total look »

Conséquence de cette tendance au patchwork, le salon tout équipé est passé de mode. Pour les mêmes raisons, le fabricants de meubles croient de moins en moins au débouché de « total look ». Pourtant, cette tendance qui vaut pour le salon et la cuisine n’exclut pas l’attente d’un conseil d’aménagement global. Sous le brassage des styles et le brouillage des repères pointe l’inquiétude : les Français ne veulent pas se tromper dans leur choix et attendent des aides, des suggestions.

« Les gens sont paumés, ils veulent des idées. Le salon tout équipé comme la cuisine tout équipée cela fait encore rêver les gens. S’ajoutent à cela que les gens sont désemparés quand il s’agit d’aménager leur intérieur; ils ont peur de se tromper, de faire des fautes de goûts. C’est donc rassurant d’acheté un salon tout équipé, une cuisine toute équipée. Chez Ikéa nous leur apportons une solution en leur proposant des ambiances » directeur marketing d’Ikéa,

« En Angleterre et aux Etats-Unis, les enseignes qui proposent des pièces aménagées clé en main, sont celles qui connaissent la plus forte croissance. SI aujourd’hui, en France, les gens mélangent les genres, c’est plus pour des raisons économiques que pour des raisons de choix. Si un distributeur propose demain des pièces aménagées à faible prix, je suis persuadé que cela marchera très bien auprès d’une très grande majorité des Français. » Directeur de l’IPEA

Le poids des normes
« La construction est encadrée par un certain nombre de normes concernant aussi bien la sécurité, que le gabarit des portes ou la hauteur des plafonds. C’est très bien! Le problème est que les constructeurs respectent ces normes a minima sans se poser de questions sur les nouveaux modes de vie ou de consommation. » J-B Magescas

« Que constate-t-on actuellement? Des plafonds de plus en plus bas, alors que la taille moyenne des français augmente. Actuellement, un jeune homme en fin de croissance dépasse son père de 4,5 centimètres et son grand-père de 7,5 centimètres (taille moyenne de 1950 : 1,70 m, en 1991 : 1,76 m). » G. Laizé

Bientôt du changement?
« Personne n’est directement responsable de ces problèmes. Mais c’est bien la preuve que les gens du bâtiment, les architectes, les promoteurs, les autorités administratives, ont toujours autant de mal à prendre en compte les évolutions des modes de vies. »
J-B Magescas

Vers une nouvelle affection des pièces?

« L’affectation des pièces va dans les années qui viennent, formidablement évoluer, car les gens feront plus de choses chez eux, mais en même temps voudront s’isoler des autres occupants. » R. Rochefort

« Notre conviction est que la maison ne va plus s’organiser par pièce mais par univers:
• L’univers des enfants
• L’univers de la convivialité; être ensemble dans le séjour, dans la salle à manger et surtout, dans la cuisine
• L’univers de la détente; la chambre et la salle de bain
• L’univers du travail, avec le coin bureau.
Ces univers permettent d’aborder la maison à travers les aspirations des consommateurs, et non pas à travers la fonctionnalité des pièces. » J-C Bischoff, directeur commercial d’Ikéa

Vers une confusion des pièces?
«  »On sent qu’aujourd’hui, le couple salon-cuisine est en plaine évolution et il est très possible qu’à terme, ils se rassemblent. C’est en tout cas ce que peuvent laisser supposer les attentes des consommateurs qui veulent des cuisines de plus en plus grandes, et dans lesquelles ils pourront avoir plus d’activités. » I. Dubois, Leroy Merlin

« Je ne crois pas à la fusion cuisine / salon, notamment pour des raisons d’odeurs et de bruits. » J-C Bischoff (Ikéa)

« C’est probablement une aspiration forte chez une partie des gens, mais les choses évoluent très lentement, car il n’est pas toujours facile de modifier le bâti. Et il faut ajouter les désagréments (odeurs, bruits) liés à ce type de vaste espace ouvert. » B. Fournier (Mobalpa)

L’ÉVOLUTION POSSIBLE DES PIÈCES

Le salon
– Rapprochement avec la cuisine ou une suppression pure et simple
– Pièce appelée à disparaître en tant que telle.
– Sa fonction traditionnelle de représentation sociale ne corresponde plus aux aspirations de la majorité des Français d’aujourd’hui.

« Le salon, il n’y a rien à en dire; il est mort et remplacé par le canapé. Issue de traditions obsolètes et de rapports sociaux datant du XIX, le salon est aujourd’hui totalement dépassé. » Philippe Starck

« Le salon, en tant que pièce, a disparu avec la fin des réceptions. Les espaces de la salle à manger et du salon ont communiqué par l’intermédiaire de doubles portes battantes. Puis, dans le neuf, on a carrément supprimé la séparation entre les deux pièces. Je ne pense pas que la part de plus en plus importante occupée par la cuisine puisse ramener le salon à la fonction de salon bourgeois d’antan. Ce qu’on a longtemps appelé « le salon » va remplir d’autres fonctions. » Robert Rochefort (Crédoc)

« En général, il est organisé en espaces spécialisés avec un coin télé, un coin hifi/ disques, un coin livres avec une petite bibliothèque, un coin cheminée et un coin pour manger. Mais en regardant les gens vivre, cette belle organisation disparaît. Tout ces espaces sont en fait en permanence détournées : les enfants travaillent sur la table du salon, les adultes s’assoient par terre… Et c’est tout à fait normale; le salon étant le carrefour de la maison, c’est là que la famille passe la majorité de son temps, et elle y fait toujours plus de choses. C’est la pièce dans laquelle on a tout à la fois envie de pouvoir être au calme pour travailler, s’assoupir dans son fauteuil ou
recevoir des amis pour faire la fête. » J-B Magescas

« Le salon est un lieu bruyant où il se passe trop de choses. La télé pose des tas de problèmes. » Monique Eleb.

« Cette pièce ne permet pas aux gens de s’isoler, et donc les gens vont réinvestir leur chambre » Robert Rochefort

« La technologie y est très présente, avec le téléphone, la télévision (95% des ménages), le magnétoscope (65% des ménages) ou la chaîne hi-fi, sans compter parfois les consoles vidéo ou l’ordinateur. » J-B Magescas

« En termes d’équipement électrique, le salon détient la seconde place avec tous les objets liés à la consommation des médias (radio, télévision, magnétoscope, décodeur, mini-chaîne, vidéo, console de jeux, répondeur, fax, ordinateur…) » Isabelle Orhant, chercheur au GRETS-EDF

La cuisine
« Actuellement la cuisine évolue entre pièce de réception principale (ou l’on n’hésite plus à dîner avec des invités) et la pièce minimale ne servant qu’à cuisiner. La cuisine évolue entre l’univers de la préparation et l’univers de la dégustation. » J.B. Magescas

« s’ils ouvrent mieux la cuisine et la lient bien aux autres espaces, les architectes continuent à ne pas entendre la demande des habitants en termes d’usage et à la traiter trop souvent comme un espace technique ou de service qu’elle n’est plus. » M. Eleb

La chambre
« Quand le travail va s’insérer dans la maison, les gens vont chercher une pièce spécifique, et beaucoup vont s’installer dans leurs chambres. La chambre va devenir la pièce à travaille par défaut. » Robert Rochefort

« Dans le cadre d’appartements de plus en plus occupés par les jeunes, ce ne sont plus les enfants qui vont dans leur chambre, ce sont les parents qui quittent le salon pour aller dans la leur. Par conséquent, la chambre devient autre chose qu’une simple pièce où l’on dort. Elle devient espace de bureau avec l’ordinateur, et espace santé avec le vélo d’appartement, etc. » Gérard Laizé

« La chambre des « adulescents » est à imaginer non plus que comme un simple endroit pour dormir, mais comme un studio greffé sur l’espace collectif des parents », « Malgré cela, les architectes continuent à faire des chambres toutes petites. Il va falloir qu’ils comprennent qu’il faut imaginer des chambres plus grandes, dont l’une presque égale au salon. » Directeur du VIA.

« Je pense qu’il va y avoir une pression plus forte pour que la taille des chambres grandisse et ce, à l’encontre de la tendance actuelle qui est de construire d’immenses living rooms et des chambres ridiculement petites. » Robert Rochefort

La salle de bains
« On constate aujourd’hui un sur investissement de la salle de bain; le corps devient de plus en plus important. La salle de bain devient la pièce du retour sur soi. C’est l’endroit où l’on se pomponne, ça va devenir le nouveau boudoir. Avant on y passait, maintenant on y reste. C’est l’un des endroits de l’intimité individuelle. » Gérard Laizé (VIA)

« Le marché de la salle de bain connaît une croissance qui rappelle celle du marché de la cuisine au milieu des années 70. Le besoin de se faire construire une belle salle de bain est directement lié, me semble-t-il à des valeurs en forte progression dans notre société comme l’hédonisme, l’égotisme ou encore le soin du corps. Le succès croissant des douches à jets, ou des produits de balnéothérapie en témoignent. » Nicole Weill, directrice marketing de Vogica

« Il existe actuellement une véritable aspiration à faire de la salle de bain autre chose qu’une pièce ou l’on se lave. La première aspiration des Français concerne le confort. Ils veulent pouvoir prendre un bain confortablement, bénéficier de la lumière naturelle et avoir de l’espace. Vient ensuite une aspiration de nature plus décorative, qui pousse les gens à rendre cette pièce plus accueillante et pas seulement fonctionnelle. Le problème est qu’aujourd’hui, beaucoup de salles de bain sont petites, sans fenêtres, et assument de surcroît une fonction de buanderie, qui n’incite pas vraiment au rêve et qu plaisir. » Jean-Claude Kaufmann, sociologue

Le Jardin
« Pour 36% des ménages possédant un jardin, cet espace est réservé au loisir. Pour 63% d’entre eux, c’est un espace de loisir et un espace potager. Ce lieu est véritablement le prolongement de l’habitat, une nouvelle pièce à vivre. » Laure Dürrbach, « Le Jardin Vitrine », in Le Baromètre N°7, juillet 1997.

– 56% des ménages habitent une maison individuelle, et 94% d’entre eux ont un jardin (surface moyenne : 650m2)
– 9% d’entre eux ont une véranda
– 18% des gens vivant en appartement ont une terrasse ou un balcon
– 2% d’entre eux ont une véranda
– 13% des ménages ont en outre une résidence secondaire
– 13,5 millions de jardins en 1999 contre 7,3 millions en 1971
– 57% sont des jardins d’agrément (contre 36% en 1988)
– 5% des jardins potagers ou fruitiers (contre 7% en 1988)
– 38% des jardins mixtes (contre 57% en 1988)
– Un quart des fruits et légumes consommés aujourd’hui en France proviennent des 8 millions de jardins potagers particuliers.

« L’aspiration à la nature est une tendance forte, comme le démontre le succès des ventes de plantes vertes ou de vérandas. Ces produits donnent l’impression de retrouver les rythmes de la nature, notamment lorsqu’on habite en appartement ou dans une zone très urbanisée. … Le jardinage permet également de s’imaginer que l’on a pas complètement coupé les ponts avec la nature et les plantes, et entretiennent le mythe de l’oxygénation face à la pollution ambiante. » Selon Danielle Rappoport, sociologue de la consommation .

« De plus en plus de gens aménagent dans leur jardin en coin potager qui n’a aucune justification économique, mais qui les rassure sur leur capacité à faire pousser des légumes. » Alain Vicart de l’Unibal.

Le garage
« Au début des années 50 et 60, rappelle le garage était une pièce totalement dédiée à la voiture. Les fabricants donnaient aux acheteurs des catalogues intitulés « Comment organiser son garage » qui relevaient du même esprit que l »enseignement ménager. Le garage était conçu comme le cocon de la voiture. Puis, peu à peu, on a vu le garage devenir autre chose qu’une simple pièce où l’on gare la voiture, accueillant peu à peu les outils de bricolage ou les machines à laver. » Patrick Bertholon (Renault)

« A l’image du jardin, il est ainsi devenu la pièce qui permet de développer tout sortes d’activités « Aujourd’hui, on aperçoit que d’entrée, le garage est conçu comme une pièce pouvant accueillir un certain nombre d’autres activités telles que, par exemple,
la table de Ping-pong des enfants. Le garage est devenu le dernier espace de liberté de la maison, où tout est permis. » Patrick Bertholon (Renault)

Les toilettes
« Ce qui est tout à fait étonnant c’est que, malgré l’exiguïté du lieu, il n’y a pas deux toilettes identiques. Certaines sont des petits salons avec un lavabo et un petit tapis assorti à la lunette et au balai. D’autres sont au contraire, des espaces de rangement, avec aspirateur et produits d’entretien. D’autres encore sont de véritables petites bibliothèques ou se mêlent livres et revues plus ou moins récentes. Les toilettes sont bien souvent imaginées comme un petit espace à vivre, et surtout comme un espace de lecture à part entière. Les gens lisent aux toilettes car c’est le seul endroit où ils peuvent être tranquilles! » Jean-Bernard Magescas

LES GRANDS COURANTS QUI PEUVENT INFLUENCER NOS MODES DE
CONSOMMATION LIÉES À L’HABITAT.

La préservation de l’environnement, l’écologie
Dioxine, amiante, pollution automobile, déchets radioactifs…
La crainte du chômage
Loi contre l’exclusion, permanence de la pauvreté malgré la reprise, apparition des « travailleurs pauvres »…
Les mutations du travail
Loi sur les 35 heures, développement de l’intérim et des CDD, travail à la maison…
L’invasion des nouvelles technologies
Ordinateur, Internet, téléphone portable, « home theater », DVD… les nouvelles technologies envahissent nos logements.
L’évolution des structures familiales
Pacs, hausse des divorces, familles recomposées, augmentation des foyers monoparentaux… la famille idéale est mise à mal

BIBLIOGRAPHIE
Bellanger, François (2000) Habitat(s) Questions et hypothèses sur l’évolution de l’habitat. Paris :
Editions de l’Aube, Société et Territoire. 228 pages.
Crédit Foncier (2000) Le marché immobilier 2000. Groupe Caisse d’Epargne, 225 pages.
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