La santé dans le bâti, une filière naissante
Entretien avec Franck Richer, nouveau correspondant Leroy Merlin Source
Franck Richer, ingénieur stratégie santé dans le cadre bâti et urbain, est titulaire du Master Risques en santé de l’environnement bâti (RISEB) de l’ISSBA -Institut Supérieur de la Santé et des Bioproduits d’Angers, initié par Suzanne Déoux. Il travaille aujourd’hui chez Wigwam Conseil à Nantes. Il vient renforcer la thématique Habitat, Environnement et Santé de Leroy Merlin Source. Une première collaboration avec Leroy Merlin Source s’est déroulée en 2009 : il a participé au symposium Healthy Builidings qui s’est tenu à Syracuse dans l’état de New-York (USA) en septembre, à l’occasion duquel il a rédigé un rapport publié sur ce site.Quel a été votre parcours de formation ?
J’ai démarré par un diplôme de technicien dans l’agro-alimentaire, mais le contexte industriel ne correspondait pas à ma personnalité et à ma vision du travail. J’ai donc poursuivi vers une licence en gestion des systèmes de santé, après avoir longuement hésité entre le secteur de la santé, pour ses dimensions sociales et relationnelles, et le monde du bâtiment, qui m’attirait pour l’aspect terrain. La rencontre avec Suzanne Déoux (correspondante Leroy Merlin Source) en 2007, qui proposait une sensibilisation sur santé et bâtiment, a été déterminante. L’idée de créer le Master Risques en santé de l’environnement bâti à l’ISSBA (Institut Supérieur de la Santé et des Bioproduits d’Angers) était aussi émergente à cette époque. La création du Master RISEB en 2009 a été l’occasion de lier mes deux domaines de prédilection. J’ai ainsi fait partie de la toute première promotion. En Master 2, j’ai réalisé mon stage en alternance chez Wigwam Conseil, où je travaille aujourd’hui, à Nantes.
Vous êtes donc acteur d’une filière naissante ?
La préoccupation de la santé dans le bâti, que ce soit pour la maison individuelle, le logement collectif ou encore le tertiaire, devrait être incontournable ! Mais en France, la prise en compte de cette thématique est souvent la cerise sur le gâteau des projets ! On a aujourd’hui bien sûr une très nette prise de conscience sur les aspects énergétiques, les impacts sur la planète… Mais comment ne pas penser tout autant à la santé des personnes qui vont vivre ou travailler dans les bâtiments que l’on construit ? Dans d’autres pays c’est formalisé, et la santé fait partie d’une démarche environnementale globale. Alors effectivement, c’est très stimulant d’être sur une filière naissante en France.
Comment cela s’exprime-t-il dans votre activité ?
Wigwam est un cabinet qui développe des activités de conseil, formation et d’accompagnement pour l’optimisation environnementale du bâtiment. Notre objectif est d’avoir une démarche intégrée, la santé étant partie prenante de notre analyse multicritères : thermique, environnement, santé, économique, etc.
Nos autres domaines d’expertise sont la physique de l’enveloppe, l’ACV (analyse du cycle de vie), le PCI (processus de conception intégrée).
Sur les enjeux de santé, comme sur les autres domaines, nous essayons d’intervenir dès la phase de conception du bâtiment, puis pendant le chantier et jusqu’à la livraison. Quand cela est possible, nous intervenons encore après la mise en service, pour assurer un suivi en fonction des usages.
Comment cette expertise est-elle perçue par les professionnels du bâtiment ?
Nous accompagnons des équipes de maîtrise d’œuvre et de maîtrise d’ouvrage, il y a un réel intérêt mais aussi une difficulté à s’approprier la thématique : pour eux cela signifie qu’il y a une compétence de plus à intégrer dans leurs projets. Les entreprises et architectes n’ont pas forcément les outils, les moyens et le temps pour y répondre. Mais ils sont de plus en plus réceptifs, parce que nous prenons en compte non seulement la santé des futurs habitants, mais aussi celle de toutes les personnes qui vont travailler sur le chantier, cette dimension les intéresse particulièrement.
Nous travaillons donc à la fois sur le court et le long terme. Cela nous amène nécessairement à raisonner en coût global. On ne considère pas seulement le coût du projet, mais aussi la durée de vie du bâtiment. C’est encore difficile à faire accepter, mais on y vient dans le tertiaire et l’habitat collectif. C’est plus difficile encore à appréhender pour le particulier.
Quel avenir pour cette expertise ?
On peut s’inspirer de ce qui se passe en Belgique, où j’ai eu l’occasion de travailler : il y existe un service public Médecine de l’Environnement dans lequel il y a une branche Habitat. En France, dans les cinq ans qui viennent, cette problématique santé dans le bâti devrait s’imposer fortement ! Dans la mouvance du Grenelle Environnement, de nombreuses actions régionales et nationales vont êtres réalisées, notamment décrites dans le Plan National Santé Environnement 2 (2009-2013). C’est encourageant, nous devons être acteurs de cette dynamique et accroitre le réseau d’acteurs sur la thématique « Santé-Bâtiment ».


Leroy Merlin Source en partenariat avec Archistorm publie les Actes des Assises Leroy Merlin pour inventer la Maison de Demain.